vendredi 27 avril 2012

No futur man

Je suis une adulte. Mi-trentaine. Plutôt calme. Plutôt posée. 

Qui ne voit pas le mal partout. Qui n'élabore pas de théories du complot. Qui ne crie pas au loup. 

Je suis une adulte qui ralentit docilement au feu jaune, qui fait tous ses arrêts-stop et qui jamais, jamais ne se sent surveillée. Et je regarde comment moi je deale avec la situation. 

Je constate avec quelle difficulté je conserve mon calme. L'effort que cela me demande de ne pas céder à la panique, à la colère, au désespoir. Et je me demande ce que ce serait si j'avais 16-17 ans.  

Un ado. En crise d'ado. D'avance révolté. Qui d'avance remet en question les figures d'autorité. Qui doute, qui se méfie, qui ne sait plus en qui croire...

Avoir 16 ans aujourd'hui et trouver dans l'actualité des raisons concrètes à sa méfiance. Rencontrer dans la réalité extérieure une cause à son mal intérieur. 

Lorsque la réalité offre un fondement, tangible, au désarroi. Lorsque la réalité coïncide...

Tout ado (ou presque) ressent de l'insécurité, même quand ça va bien, même quand les gens ne se font pas frapper dans les rues de sa ville. 

Avoir 16 ans et faire l'expérience de la violence, pas dans un jeu vidéo. Constater de visu, pas à la télé. Et mesurer l'écart entre ce dont il est témoin et sa saisie par les médias. Ne pas reconnaître ce qu'il a senti dans sa chair dans le discours du chef élu par le peuple, dans les mots du père de l'état.

Un ado qui déjà se sentait impuissant face à son propre destin. Qui lance son cri sur la place publique et voit son cri demeurer sans réponse, sans impact. Voir ses amis tomber sous les coups. Se sentir impuissant devant une injustice qui se dévoile brutalement sous ses yeux et non dans un livre d'histoire. Avoir 16 ans et l'impression de crier dans le désert. Arrêter de crier, commencer à casser. 

Avoir 16 ans et sentir que déjà ce ne sera plus jamais possible de dormir à poings fermés, en laissant les plus vieux, les plus forts veiller au grain. Sentir qu'on ne pourra plus jamais faire confiance aux journaux ni au monsieur des nouvelles. Plus jamais. Personne ne me dira ce qui est. La chute.

Dissocier. Dissocier l'état de la démocratie. La Cour de la justice. La police de la loi.

Méchante débarque. Elle est raide la sortie de l'enfance pour cette génération. 

Je me demande ce que ça va donner. Si les ravages seront...

Si à la sortie de ce printemps, ces jeunes seront encore en mesure d'apprendre (avec ce que cela exige de confiance en l'autre, de foi en le savoir du maître), s'ils seront encore capables de recevoir leur héritage, le bon à prendre de l'ancêtre. 

S'ils pourront faire évoluer la société, sans tout briser, sans faire table rase, sans casser tout des anciens liens sociaux (ce qui laisse habituellement le champ libre au gourou et au dictateur). 
Comment vont-ils pouvoir jamais quitter l'adolescence s'ils ne peuvent plus croire minimalement en l'institution, s'ils ne peuvent plus croire en la légitimité d'aucune structure en place?

J'espère. 

J'espère tant qu'ils vont nous surprendre encore et réussir à construire, à créer, à dire «oui», au-delà d'une paranoïa justifiée. 

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