jeudi 5 avril 2012

Le métro (brouillon)

J'aimerais écrire un texte sur un personnage qui aime prendre le métro tous les jours.

Parce que je ne reconnais pas mon expérience dans la plupart des textes (pour ne pas dire tous) que j'ai lus et qui traitaient du métro de Montréal. Il est habituellement question de foule compactée, de moutons avançant docilement, de déshumanisation, d'aliénation, de solitude, de malaise. Surtout de malaise: les autres, la proximité, le contact physique forcé avec des étrangers.

[1984, les temps modernes de Chaplin, les trains de la mort]

J'utilise le métro comme moyen de transport depuis 18 ans. Je connais les heures de pointes, les pannes, les coups de chaleur, la cam toujours plus chère. Et mon plaisir ne connaît pas d'usure.

C'est toujours la première fois, comme si j'étais encore une enfant
qui découvre

les tourniquets de la chanson, du pont d'avignon
le billet qui disparaît, comme avalé par la borne
les escaliers roulants qui vont où lorsqu'ils s'enfoncent
l'excitation
jamais complétement dénuée de peur, à l'approche du train
la magie de l'automatisme des portes
la grande barre verticale
qu'on ne tient que d'une main pour mieux se balancer vers l'arrière
partout quelque chose qui bouge
partout du métal qui brille

[la Ronde, le minirail, la foule trépignante qui attend son tour]

les sièges plus confortables que mes chaises de cuisine

des gens entrent et sortent
de tous les âges, de toutes les couleurs
à chaque station tout peut changer
de l'inédit à la chaîne

la contingence du réel
me soulage

***
je ne connais qu'une personne qui aime prendre le métro plus que moi
et c'est ma soeur

lorsqu'elle arrive trop tôt à un rendez-vous
et qu'elle n'a pas les sous pour un café
elle fait des tours de métro
comme on fait un tour de manège

elle se sent gâtée de pouvoir passer une heure au chaud
à regarder le paysage humain défiler
avec un seul passage

comme si on lui offrait un spectacle gratuit
ou comme si c'était un train qui l'amenait en voyage
entre deux stations, quand tout est encore possible
elle s'imagine émerger... ailleurs

le plaisir de la vitesse
dans les tournants surtout
peut-être parce que nous n'avons jamais possédée de voiture
le métro nous procure une sensation de liberté

nous sommes impressionnées
par cette force qui nous soulève et nous transporte
légères
comme un enfant qu'un père tient
entre lui et le ciel

***
dangereux, le métro?

nous n'avons pas plus de chance de nous faire agresser dans le métro que n'importe qui

pas plus que n'importe qui

et cela en fait un lieu public plus sécuritaire que tous ceux que nous avons connus avant de vivre dans la grande ville

de même je ne ressens pas le clivage espace public / espace privé, dont il est question dans la plupart des textes qui parlent du métro

et je ne me sens pas davantage seule enfermée dans une machine, au milieu d'étrangers, que dans mon appartement

c'est encore plus vrai pour julie

elle ne se sent pas plus pas moins chez-elle
dans sa chambre du sous sol de la famille d'accueil
que dans la ville

in the subway
at home

1 commentaire:

  1. tu donnes envie de prendre le métro, j'aime ta réflexion !

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