Se péter la yeule, comme il faut, la face dans le ciment pis les genoux en sang, même pas en talons, même pas dans un escalier, même pas saoul (à peine pompette), en public, devant tout le monde, juste pour avoir tenté d'imiter la pose nonchalante de Mathieu Arsenault sur un comptoir de livres, rien ne me sera épargné, comme disait l'autre.
Je sais rire de moi, c'est pas ça. Et je ne suis pas trop attachée à une réputation, quelle qu'elle soit. C'est juste que... pourquoi faut-il que ce soit toujours devant les mêmes gens.
Je viens de passer un des étés les plus sages et les plus solitaires de ma vie. J'en ai viré une à la fête à Bock, puis, en revenant de deux semaines de réclusion à PC, j'ai calé trop vite ma pinte au Bistro ouvert, un mois plus tard, je suis sortie dans un bar pour l'anniversaire de Laurence, et puis hier, j'ai mis le pied hors de la caverne parce que la soirée de poésie était à côté de chez-moi.
Quatre sorties en plus de quatre mois. Rien d'extravagant. Sauf qu'à chacune de ses soirées, j'ai perdu le contrôle, gaffé, dans un geste ou une parole regrettable. Comme si de voir du monde après une période d'isolement me rendait surexcitée, over, loud.
J'ai été loud, quelques minutes, quelques heures, les quelques fois où je n'ai pas résisté à l'envie de me joindre à un groupe d'humains. Ponctuellement, je me suis comportée comme une petite conne énarvée, qui ne sait pas tenir sa boisson, qui ne sait pas se tenir, comme un chien fou à qui on vient d'enlever la laisse au parc.
Cela ne me dérangerait pas tant que ça si ce n'était que les mêmes personnes étaient présentes lors des quatre soirées et que la plupart d'entre elles ne m'ont jamais croisée en dehors de ces événements. C'est là tout ce qu'ils connaissent de moi. Pour eux, nécessairement, je suis cette fille-là, l'évadée de prison qui abuse et qui chute.
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