Depuis quelque temps, le seul endroit où je me sens vraiment bien, pour lire, travailler, me réveiller en douceur ou sommeiller à l'avance, c'est dans l'escalier de secours à l'arrière de mon immeuble. C'est étroit, dur et un peu dangereux, ce n'est pas particulièrement confortable. Personne n'y vient à part Anaïs qui s'arrange pour être toujours une marche au-dessus de moi. Je ne saurais expliquer pourquoi je me tiens là et je n'avais pas l'intention d'en parler avant de rencontrer la soeur d'une de mes voisines, en visite, installée tout pareillement dans l'autre escalier, avec ses livres, ses documents, ses crayons qui tombent dans les marches. La dame m'explique qu'elle écrit un article en anthropologie. Je lui dis que je viens tout juste d'en terminer un, en littérature, à quelques escaliers de là. Elle rit, une feuille part au vent, elle la rattrape sans effort. Je lui demande pourquoi elle écrit dans l'escalier et non pas dans la chaise sur le balcon ou sur le divan à l'intérieur. Elle hausse les épaules, elle ne sait pas. Elle dit : «It's better here.» Elle a les yeux verts, un sourire espiègle.
Migration
Il y a 13 ans
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