Réflexion lors du dernier séminaire du Pont freudien.
Un des aspects que j'apprécie le plus dans l'enseignement de Lacan, c'est sa façon d'aller au-delà de l'oedipe sans pour autant rejeter la théorie freudienne. L'oedipe infantile est considéré (il est possible), or justement, il est considéré comme possibilité, une parmi d'autres.
J'aime par exemple qu'il ouvre la possibilité qu'une grande angoisse suite à la mort du père ne soit pas nécessairement tributaire d'une culpabilité liée au désir infantile de se débarrasser du père rival pour posséder la mère. Cette angoisse pourrait être associée, plus simplement et plus profondément, à la peur de mourir soi-même, à la peur que la mort existe «pour de vrai», qu'elle soit réelle. Si le père meurt (le père qui a été dieu pour l'enfant et parfois double pour l'adulte), alors vraiment n'importe qui peut mourir, même soi. La mort du proche, présent depuis la naissance, rend la mort plus tangible, plus réelle.
Il y a, en effet, pire à vivre (à imaginer) que le mythe oedipien dans sa forme la plus connue. Il y a quelque chose de plus angoissant que l'idée de coucher avec sa mère et ce serait celle de mourir réellement, de disparaître définitivement en tant que soi. Le fantasme de jouir de la mère, bien que terriblement troublant, peut être vu comme la porte d'entrée vers une peur encore plus grande, celle de la rencontre de sa propre mortalité, léguée par le ventre de la mère (qui en porte parfois la responsabilité dans l'inconscient du sujet) : il s'agirait ici, sur un plan imaginaire, de ne pas s'arrêter dans le vestibule de la porte tournante et refaire tout le chemin en sens inverse jusqu'au point d'origine où l'être disparaît.
Bref, la terreur du sujet (soutenue par son fantasme infantile de fusion) n'est pas nécessairement liée au fait qu'il aurait pu coucher avec sa mère par accident (mé-connaître Jocaste), mais bien qu'il aurait pu ne pas naître (...qu'il aurait pu désirer ne jamais quitter la mère, non pas en tant qu'amante, mais en tant que mort, grand tout annihilant, repos du rien).
Au-delà d'un inceste qui pose l'autre parent en rival et qui charge le sujet d'une culpabilité, il y a l'inceste de la non distinction du soi qui précipite le sujet dans la terreur.
...ou dans la béatitude, selon que le sujet désire exister ou disparaître.
Au-delà d'un inceste qui pose l'autre parent en rival et qui charge le sujet d'une culpabilité, il y a l'inceste de la non distinction du soi qui précipite le sujet dans la terreur.
...ou dans la béatitude, selon que le sujet désire exister ou disparaître.
Lacan dit que si on veut considérer l'Oedipe de Sophocle comme un universel, il faut le lire jusqu'à la fin : me phunai.
à suivre
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