en 2005, à Paris, je n'ai pas couché avec un homme
c'était mon anniversaire
j'ai choisi un pub au hasard
il était assis au bar devant une pinte
c'était l'après-midi et nous étions seuls
nous avons beaucoup parlé
j'ai eu envie de lui très vite, pas lui,
j'ai quitté le pays avant qu'il ne change d'idée
depuis bientôt dix ans
cet homme m'écrit
chaque fois qu'il rompt avec quelqu'un
chaque fois que quelqu'un le quitte
quand il se sent seul ou triste
il m'écrit et me parle de notre rencontre
de ce qui ne s'est pas passé
plus les années passent et plus je suis belle
dans son souvenir
plus merveilleuse fut notre rencontre
plus émouvante notre séparation
en bas à droite de l'écran d'ordinateur
je suis tellement plus facile à vivre que les femmes qui partagent son existence
je l'informe de ma vie actuelle, je lui parle de mes amants
il se félicite de notre complicité
de notre franchise (à un océan d'écart)
lorsqu'il boit, à répétition
il fait jouer dans sa tête les paroles du premier jour
et leur trouve de nouvelles résonances
des subtilités charmantes
inédites
il revoit les gestes ébauchés
mon élan vers lui
et arrête là l'image
je suis celle avec qui il n'est rien arrivé
je deviens celle avec qui tout serait possible
il dit souvent qu'un jour il viendra me voir en Amérique
il ne viendra jamais heureusement
il n'a que faire du réel
Migration
Il y a 13 ans
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