samedi 9 juillet 2011

Sylvie

La première fois que j'ai vu une femme enceinte (la première fois que j'ai compris ce que je voyais), c'était au centre d'achats de Port-Cartier. D'en bas, je pouvais voir le ballon tendre le chandail. La seconde fois, je devais avoir 7-8 ans. J'étais avec ma mère quand nous avons croisé une des taties de la Giboulée, tatie Sylvie. Les mères s'étaient arrêtées jaser quelques minutes. Quelqu'un a mis ma main sur le ventre chaud. Un mouvement. Elle devait être enceinte de Juju, son dernier. Hier soir pendant le souper, Sylvie reçoit un appel: sa bru vient d'accoucher, elle est grand-mère.

***

La voix de Sylvie me résonne dans le ventre. Mêlée à celle de Georgette, c'est encore plus fort. Parfois je cesse d'écouter ce qui se dit pour mieux entendre les voix, pour me laisser envelopper par cette musique de fond comme je le faisais à l'âge où je ne comprenais pas tout ce que les adultes se disent entre eux. Ces voix venant du dessus de la table, venant d'en haut, j'ai dû les écouter sans m'en rendre compte pendant des centaines d'heures. Le rire de Serge mêlé à celui d'Yves. Les vibrations familières. Comme si j'étais sur le point de me souvenir de quelque chose, une image qui se dérobe, un son que j'ai sur le bout du lobe, peut-être ce qui manque au choeur, peut-être la voix de ma mère, celle que j'ai oubliée.

***

Si je me laisse bercer assez longtemps par ce qui, dans ces voix, n'a pas changé, ma personnalité connaît une régression. Je retrouve la pudeur affective de l'adolescente, troublée par sa demande d'amour. Le regard fuyant, le corps en retrait, je quitte plus distante que je l'étais à mon arrivée.

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