jeudi 26 mai 2011

Bridget Jones et Kaamelott

Je ne comprends pas les gens qui écoutent des chansons tristes quand ils sont tristes. Je ne la comprends pas la scène de la fille en peine d'amour qui s'enfile les complaintes déchirantes et les films avec violons.

Moi c'est à peine si je peux supporter la musique quand je souffre. N'importe quelle musique. Comme si la moindre mélodie. Comme si mes sens déjà exacerbés, déjà saturés.

Je fuis les airs connus, porteurs de souvenirs, mais les mots s'insinuent parfois, en bribes recomposées

Non, rien de rien, non je ne regrette rien
sauf peut-être cette vie entière que nous n'avons pas vécue
cette promesse non tenue
language is leaving me

Pour pouvoir avaler il me faut rire et non pleurer, alors ce sont les films comiques que j'enchaîne, les spectacles d'humour, les capsules de Kaamelott.

Kaamelott. Avant chaque repas et au moment d'aller au lit.

Au-delà de l'effet sur le diaphragme, l'exposition quotidienne au travail d'Alexandre Astier m'a procuré une présence, virtuelle mais essentielle dans les circonstances. Bien entendu je me reconnais dans celui qui ressent intensément le besoin de faire du sens dans un monde insensé et qui désire que ce sens élaboré profite à tous. Arthur tente de faire fonctionner un projet collectif, il tente de construire quelque chose qui tienne bon pour les siens et pour ceux qui viendront. La difficulté est de le «faire ensemble». Réussir seul ...ce n'est vraiment pas la peine.

On peut bien ridiculiser la posture narcissique du «sauveur» (voir entre autres Aragorn au club med), mais le fait qu'elle semble absurde n'empêche pas que ses contraintes sont réelles: l'existence individuelle n'a plus aucun intérêt du moment qu'elle n'apporte rien aux autres, qu'elle ne laisse rien derrière.

Heureusement j'avais pris du mieux avant d'arriver à la saison 5. Le désarroi qui s'empare du personnage lorsqu'il réalise qu'il n'aura sans doute jamais d'enfant ...tombait trop juste.

Par contre, la vision du suicide exprimée à la fin de la saison 6 ne me rejoint pas. Elle me surprend et me paraît entrer en contradiction avec le reste, avec la portée de l'oeuvre telle que je la saisis.

Arthur se serait suicidé pour culpabiliser les autres:

Qu'est-ce que c'est que quelqu'un qui souffre et qui fait couler son sang pour que tout le monde soit coupable: tous les suicidés sont le Christ.


Le sacrifice du christ ne devait-il pas plutôt libérer de la faute? Le christ qui s'abandonne à la mort ne prend-il pas sur lui la culpabilité des autres? Mon catéchisme date, je me trompe peut-être, alors je me rabats sur mon expérience.

Le suicide n'est envisageable pour moi que dans le cadre d'une perte de tout espoir de contact humain, de possibilité d'échange et de transmission. Penser pouvoir susciter le remords de son entourage, c'est encore croire à une possibilité de relation quelconque. Quand on pense à culpabiliser ses proches, on se situe dans le relationnel, on est encore dans le projet collectif, on pense encore pouvoir avoir une incidence sur le monde. À vouloir mourir, on en est plus là, ou en tout cas moi je n'en serais plus là.

Chaque fois que j'ai pensé à la mort ces dernières semaines, c'était toujours dans ces moments de chute libre où pour quelques instants j'étais profondément convaincue que ma mort n'aurait aucun impact significatif sur les êtres croisés au cours de ma vie: chez mes proches surtout, l'événement serait banalisé, réduit, récupéré, et les laisserait intacts, ou mieux, préservés. Le suicide ne saurait être envisagé qu'en tant que non-projet, non-action, il est pour moi, par définition, ce qui ne saurait rien changer.

Selon ma perception des choses, on ne se suicide pas dans l'espoir de laisser une marque, mais lorsque l'idée s'impose à la chair (ou à l'inverse peut-être, dans mon cas, de la chair douloureuse à la pensée) et la convainc qu'elle ne laisse aucune trace.

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