lundi 29 juillet 2013

Budget volcan

Je ne comprends pas les gens qui se suicident en public. Pour un faux suicide, d'accord, quand le but est d'attirer l'attention, d'obliger quelqu'un à intervenir, alors oui je comprends: ça prend du monde. Pour un suicide de vengeance aussi, si l'agression contre soi est le retournement d'une violence contre l'autre, si l'idée est de faire souffrir un proche, alors oui, ça prend des gens, et des gens qu'on connaît en plus, si c'est pas pendant alors après. 

Mais sinon, si le but n'est ni d'être secouru, ni de causer un choc à un proche au moment de la découverte, je ne comprends pas qu'on se suicide en public, dans une foule, au milieu d'étrangers. Il me semble que si j'ai déjà l'égo à terre, je vais éviter de me placer dans une situation où des piétons pourraient passer des commentaires désobligeants sur mon pantin désarticulé moitié asphalte moitié toit de voiture. Je ne vais pas me lancer du haut d'un viaduc et m'offrir en spectacle, tout le dedans au-dehors avec les liquides qui se mélangent, alors que je ne peux même pas faire caca la porte ouverte.

Dans un même ordre d'idées, j'aimerais éviter l'autopsie, la cage thoracique ouverte comme une fleur et les boyaux sur la balance, surtout si c'est pour me retrouver après recousue et fardée dans une bière imbuvable. Non, le suicide vraiment réussi ne saurait faire l'économie de la désintégration du corps. Il ne doit pas y avoir de reste. Dans une rivière, même avec du lest, c'est pas garanti. Dans le feu, quelqu'un peut arriver, tirer sur une patte, sauver un morceau. Non, la solution, c'est le volcan. 

D'abord il faut trouver un volcan en éruption, mais pas juste le truc qui pue avec les gaz et quelques roches, ça prend la totale, le bassin de lave en fusion, genre Gollum. Puis ça prend un avion pour survoler le cratère, un pilote qui accepte de prendre le risque de s'approcher d'un volcan en éruption, un parachute et un pistolet: le pistolet par précaution, non pas par peur de se rater (un volcan, c'est plutôt sûr), mais parce que l'idée c'est aussi que ça aille vite. Je me fais peut-être des illusions, mais je crois que si je plonge résolument dans la lave, ça devrait pas faire mal longtemps. Par contre, dans la descente, il peut avoir des gaz toxiques, et je déteste tousser, surtout quand ça pique, d'où le pistolet. Et puis si en descendant je vois que je vais rater le trou...

Le parachute je biffe, le parachute c'est con. 

Bon, je crois que le plan est parfait. Cela dit, du moment que quelqu'un a les moyens de réaliser un tel plan, s'il a la possibilité de se rendre à l'autre bout du globe, de louer un jet privé, de soudoyer un pilote, d'acheter un parachute (au cas où je changerais encore d'idée à propos du parachute), c'est peut-être l'ensemble du projet qui est à revoir. 

Rendu à faire du parachute au pays des volcans, là je crois que c'est bon, on respire, au moins on prend le temps de visiter.

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