vendredi 9 août 2013

Ribambelle de chats crevés. Mes amours. 

Faux aigle. Faux loup. Vrais ados en manque de loisirs. Cloé fut tuée. Sauver ses enfants fut le premier geste vraiment important que je posai. À 10 ans, j'intervenais dans le monde. Les trois chatons apprirent à manger par eux-mêmes, même la petite qui se laissait mourir au début. Je me souviens du rituels des boires, de la découverte de la responsabilité. Et plus tard, la fierté de les voir courir dans l'herbe, tirés d'affaire. Je me souviens ne pas avoir été surprise quand ils furent tués à leur tour, seulement désespérée. La haine du village froide dans ma colonne. Je l'ai déjà racontée. Mon premier concours d'écriture. La caisse pop. Mort de chats. 1er prix. Je devais être la seule à avoir participé. 

Je n'ai plus voulu aimer d'autre chat après cela. Ma soeur si. Elle aima celui que j'appelais le 5e à la folie. Il sembla logique qu'il meure subitement pendant son hospitalisation forcée. Le coeur. 

Plus jamais je disais. Et puis, une chatte minuscule, trois pouces, dont personne ne voulait. Le poil terne, sans frou-frou, toujours cachée sous le poêle, elle n'avait rien pour elle. Je l'ai ramenée à la maison en lui disant toi tu vas vivre. 

Elle dormait dans mon cou. 

Si je clignais de l'oeil en dormant, elle mordait dans la paupière. La jugulaire aussi, le mouvement du sang. Elle mordait pour tuer. Un truc qui ne se soigne pas a dit le vétérinaire, dans la tête. Pas de malice, il a dit aussi, une bonne bête, douce, attachante, mais qui confond les choses. Elle pourrait vous bouffer sans s'en rendre compte. Je me suis dit c'est pas sa faute si elle est folle, c'est comme ma soeur, comme maman avec sa tumeur au cerveau. Je me suis dit on va se débrouiller. Je me barricadais la nuit, cédais parfois, épongeais le sang au matin. Ma coloc refusait de s'enfermer dans sa chambre. Elle disait c'est pas une vie. J'aurais dû partir, mais je n'avais pas la force de vivre seule. Sans humain je veux dire. Ma coloc a passé deux jours à l'hôpital sous intraveineuse. Elle a failli perdre une main. Trois-pouces est morte dans mes bras. 

Plus jamais. C'était écrit en gros dans les annonces que j'accrochais: non-fumeur + pas d'animaux. Mais les gens finissaient toujours par en ramener et, au bout de quelques semaines, le chat dormait sur mon lit. Il y a une fille que ça foutait en rogne, elle pensait que je cachais des Friskies dans la chambre pour lui voler son chat. Et ben non. Je faisais rien. C'est juste que les chats et moi...  

J'ai essayé de ne pas m'attacher, mais ça a quand même fait mal chaque fois qu'un coloc est parti vivre ailleurs en emportant le compagnon de mes journées. Je me suis dit le chat part, mais au moins il meurt pas. Les chats ont cessé de mourir avant l'heure depuis que tu renonces à en avoir. Parce que oui... à un certain moment au cours de la série il m'est venu l'idée que c'était moi le problème. 

Je ne crois pas aux malédictions. N'empêche que ça fait des années que j'ai l'impression de sauver des bêtes en m'en privant. J'accepte seulement de m'occuper d'une vieille chatte déjà fichue. Si elle ne se réveille pas un matin, ce ne sera pas le fait de mon amour.  

Je vous dis tout ça parce ces derniers temps, je commence à jeter des boîtes, à tasser des meubles, à voir s'il n'y aurait pas moyen de faire de la place sous la table. Avant, c'était pour un tourne-disques. Maintenant je calcule l'espace d'une litière.  Je sais bien que la nuit, ça ne fait pas la même musique, mais on dirait que j'ai moins peur du boucan. Que je me sens prête pour une nouvelle histoire.  

Presque prête. Ça viendra. 

Je me répète :  l'espoir comme une maladie. 

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