vendredi 22 avril 2011

L'Acadie debout.

Suis allée voir une pièce au Prospéro. L'action était située au Nouveau-Brunswick. Les personnages étaient tous Acadiens. Drôle d'adon.

Car hier soir, durant la game de hockey (et oui, que voulez-vous, c'est un drôle de mois), j'ai assisté à une scène incroyable impliquant un Acadien.

Je dis incroyable parce que c'était comme de voir s'incarner un cliché, ou plutôt le contraire d'un cliché, l'exception. C'est ça, j'ai vu s'incarner l'exception, celle dont on nie jusqu'à l'existence en disant c'est pas possible, c'est une invention des gens d'en face, personne de notre bord parle comme ça.

Mais c'était là devant moi, en chair et en os. Une personne se disant souverainiste qui tenait des propos tellement radicaux qu'on pourrait les qualifier de fanatiques, voire d'intégristes. Une jeune femme qui prenait à partie un Acadien parce qu'il disait se considérer Canadien malgré le fait qu'il soit francophone. La crise... le sacrilège.

Il aurait fallu qu'il renie père et mère, ses amis, ceux avec qui il a vécu, tout ce New-Brunswick qui l'a vu grandir. Il aurait fallu qu'il maudisse sur-le-champ l'ensemble du Canada et qu'il promette de demander la nationalité québécoise en cas de séparation. Parce qu'il refusait de s'engager à le faire, il était nécessairement un partisan des Conservateurs, nécessairement un ignorant qui ne sait même pas qu'il est opprimé, nécessairement un mou qui refuse de s'affirmer. La grossièreté rivalisait avec l'absurde, alors que les insultes pleuvaient: plus le gars refusait de renier ses racines pour se fondre dans l'identité québécoise, plus il se faisait traiter d'assimilé. Si t'es pas avec nous, t'es contre nous, et alors tu te renies toi-même puisque tu parles français.

Il essayait quand même de discuter calmement, intelligemment. Il s'étonnait que des Québécois qui ne se préoccupent à peu près jamais de la condition des canadiens francophones vivant à l'extérieur du Québec exigent une allégeance immédiate et absolue. Ces Québécois qui disent vouloir résister à l'assimilation revendiquaient de pouvoir l'absorber lui sans tolérer de différence culturelle de sa part. Il y avait de quoi en perdre son latin.

Le ton se faisant de plus en plus violent, l'Acadien a quitté la place. Il n'a pas vu la fin du match.

Le Canadien a perdu en prolongation. La Québécoise a fait le signe de croix.

Ça pourrait être drôle si ce n'était de ce gars qui ne sait peut-être pas qu'il a rencontré le monstre du Loch Ness, et qui va rentrer chez lui la rage au ventre, dans une solitude qui n'aura fait que grandir.

Et pour ce qui est de cette femme qui paradait après avoir remis le «traître» à sa place, les fédéralistes devraient l'engager, elle fait du trop bon boulot.

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