mercredi 24 février 2010

Paris, le Japon et la Rive-Sud.

Le 8 mars, journée de la femme (il paraît), je partirai pour la France. Trois mois. Je ne compte pas les jours.

J'essaie de me réconforter: ça ne peut pas être pire que la dernière fois. Novembre 2005. Tout un mois perdu à déprimer dans la Ville-Lumière. Cette fois, ce sera différent. Que je me dis.

Amour et carrière. Amour ou carrière. On dit qu'il faut choisir. Surtout les femmes.

Pour les enfants, c'est vrai qu'il faut choisir, enfants ou carrière. Mais pour l'amour... ce n'est qu'après que ma vie amoureuse a* été comblée, qu'après que cette sphère de ma vie a* été à nouveau satisfaisante que j'ai pu retrouver une pleine productivité à mon travail. C'est en étant en amour que j'ai lu le plus, que j'ai écrit le plus, c'est en vivant avec mon chum, en me nourrissant de cet amour sur une base quotidienne que j'ai finalement réussi à terminer la thèse. Alors vraiment, amour ou carrière ?

C'est pourquoi j'appréhende la séparation, les trois mois là-bas. Vais-je être capable de me jeter dans le travail, de m'oublier dans le travail ? Ou ne vais-je pas plutôt être constamment distraite par ma solitude, par le manque de lui ?

(*Je déteste cette règle de la grammaire française qui interdit l'emploi du subjonctif avec « après que ».)

***

Hier matin, j'ai eu une belle surprise. Je suis tombée par hasard sur une ancienne coloc que je n'avais pas revue depuis un an. Elle avait dû retourner au Japon à la fin de son visa et c'était pour elle un grand déchirement puisqu'elle avait un amoureux ici. Un an plus tard, la voilà de retour du Japon, jaillissant d'un autobus de la Rive-Sud, une bague de fiancailles au doigt et un sourire immense à vous mouiller les yeux. Je me souviens du temps où nous vivions ensemble, de l'appartement qui tombait en morceaux, du manque d'argent, des immenses bol de riz, des heures de fou qu'elle faisait, rentrée à minuit et levée à 5ham pour aller accueillir un autre groupe de touristes à Dorval. Je me souviens de sa fatigue, de l'avenir devant elle qui peinait à s'ouvrir. Son avenir c'était cet homme, c'était de revenir ici, de faire ce chemin, du Japon à Brossard, pour trouver le bonheur. Comme quoi, dans la vie, on en sait jamais. Je lui ai dit que j'avais finalement eu la bourse et que je partais pour Paris. Nous nous sommes serrées très fort sans rien dire de plus, sans dire que parfois la vie est bonne. Je l'ai laissée au Terminus Longueuil qui semblait étrangement beau d'être habité par sa joie. Par notre joie.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire