Mais non, ça va, ça va. Je ne suis pas en train de décider de ne pas avoir d'enfant. Je suis juste en train de manifester une frustration, un malaise, une déception peut-être face à la question de la transmission.
Je voudrais pouvoir décider de ce que je transmets ou non à un enfant, que ce soit par le biais de sa conception ou par le biais de son éducation. Je voudrais pouvoir choisir ce que je lègue en héritage et ne donner que ce qui mérite d'être gardé. Je voudrais ne donner que le bon, ne donner que le meilleur à un enfant, bien le partir, sachant que la vie se chargera bien d'apporter du mauvais.
Ce qui m'exaspère avec l'hérédité génétique, c'est que là c'est clair qu'on ne choisit pas ce qu'on donne. Et s'il s'avère que la schizophrénie se transmet par un gène... je ne suis pas sûre que ce serait une bonne nouvelle (c'est discutable du moins).
Ce qui est sûr, c'est que je me sentirais davantage coupable de transmettre à mon enfant une maladie mentale incurable que de transmettre, par exemple, le diabète ou la haute pression. Il me semble que ce serait encore pire que de transmettre une faiblesse du corps, car alors ce serait la façon même dont l'individu va penser, va se penser et va penser son rapport aux autres, la façon dont il va ressentir des émotions, dont il va réagir aux événements, qui serait déterminée à la naissance. Ce qui le constitue en tant que personne, sa manière particulière d'être au monde, ne dépenderait pas de lui. Je déteste cette idée.
Une amie me demande de quoi est-ce que moi j'ai peur, donc de distinguer ma peur de celles que se font certains de mes proches. En y réfléchissant, je réalise que ce qui me fait le plus peur, ce n'est pas l'idée d'avoir un enfant qui ne deviendrait jamais adulte, un enfant schizophrène qui resterait éternellement à charge. Non, ce qui me fait le plus peur, c'est de mourir jeune, de mourir à 45 ans, comme ma mère, d'un cancer du sein.
Si je devais imaginer le pire, donner une image à la peur, ce serait ça. Donc pas tellement la schizophrénie, mais l'idée de ma mort comme événement déclencheur de folie. Mourir en laissant derrière un enfant de 10 ans. Mourir en laissant mon amoureux seul avec un enfant de 10 ans prédisposé à la psychose. C'est ça, ma peur à moi. C'est ça qui me fait hésiter à devenir mère, bien plus que la peur d'un mauvais bagage génétique pour l'enfant. C'est la peur de ne pas pouvoir le mener assez loin, mener l'enfant assez loin pour qu'il puisse (bien) survivre à ma perte.
Ma mère avait une force que je n'ai pas, que je n'aurai jamais, elle avait cette force et ce courage formidable et cela n'a rien changé, cela n'a rien empêché. De toutes ses forces, elle n'a pas pu protéger ses enfants de sa mort.
Je ne vais sans doute pas attendre, pour faire des enfants, qu'on ait développé le fameux diagnostic prénatal pour la schizophrénie. Par contre, j'ai décidé de me porter candidate pour une recherche sur la prédisposition génétique au cancer du sein. Les tests devraient commencer l'été prochain.
Cela n'a pas été facile, pour moi, de remplir les formulaires, Il fallait retrouver le certificat de décès de ma mère, retrouver les dates, les noms des médecins, écrire mon nom et mon adresse, rendre les choses concrètes, les faire exister sur papier. Je me rends compte que j'ai peut-être été superstitieuse, que c'est peut-être pour ça, entre autres, que je n'ai pas été à ces marches pour le cancer, que je n'ai pas lu les recherches, les nouvelles statistiques : pour ne pas que ça existe, pas pour vrai. Mais là, avec mon nom sur le formulaire, mon âge, mes «antécédents familiaux», le risque devient tangible, je n'ai plus le choix de l'assumer. Ma peur s'expose, indécente, sur le papier.
J'espère que c'est ce qui me sauvera.
Ma mère n'avait pas peur de mourir. Dans sa famille, les femmes vivaient 90 ans facile. Sa propre grand-mère avait vécu 103 ans. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne l'a pas vu venir.
Moi je vois venir, un peu trop peut-être. Moi j'ai la chienne de mourir, alors je vais me faire tâter l'aisselle à chaque année et, bientôt, j'irai me faire fouiller l'adn. J'en fais trop, là où ma mère en faisait moins.
Je laisse ma peur vivre, je la laisse déborder dans l'irrationnel, dans la phobie, car cette peur, c'est ce que j'ai que ma mère n'avait pas, et j'espère que ça fera une différence, j'espère que ma peur me sauvera. J'espère.
On en peut pas faire d'enfant si ce n'est dans l'espoir.
Je voudrais pouvoir décider de ce que je transmets ou non à un enfant, que ce soit par le biais de sa conception ou par le biais de son éducation. Je voudrais pouvoir choisir ce que je lègue en héritage et ne donner que ce qui mérite d'être gardé. Je voudrais ne donner que le bon, ne donner que le meilleur à un enfant, bien le partir, sachant que la vie se chargera bien d'apporter du mauvais.
Ce qui m'exaspère avec l'hérédité génétique, c'est que là c'est clair qu'on ne choisit pas ce qu'on donne. Et s'il s'avère que la schizophrénie se transmet par un gène... je ne suis pas sûre que ce serait une bonne nouvelle (c'est discutable du moins).
Ce qui est sûr, c'est que je me sentirais davantage coupable de transmettre à mon enfant une maladie mentale incurable que de transmettre, par exemple, le diabète ou la haute pression. Il me semble que ce serait encore pire que de transmettre une faiblesse du corps, car alors ce serait la façon même dont l'individu va penser, va se penser et va penser son rapport aux autres, la façon dont il va ressentir des émotions, dont il va réagir aux événements, qui serait déterminée à la naissance. Ce qui le constitue en tant que personne, sa manière particulière d'être au monde, ne dépenderait pas de lui. Je déteste cette idée.
Une amie me demande de quoi est-ce que moi j'ai peur, donc de distinguer ma peur de celles que se font certains de mes proches. En y réfléchissant, je réalise que ce qui me fait le plus peur, ce n'est pas l'idée d'avoir un enfant qui ne deviendrait jamais adulte, un enfant schizophrène qui resterait éternellement à charge. Non, ce qui me fait le plus peur, c'est de mourir jeune, de mourir à 45 ans, comme ma mère, d'un cancer du sein.
Si je devais imaginer le pire, donner une image à la peur, ce serait ça. Donc pas tellement la schizophrénie, mais l'idée de ma mort comme événement déclencheur de folie. Mourir en laissant derrière un enfant de 10 ans. Mourir en laissant mon amoureux seul avec un enfant de 10 ans prédisposé à la psychose. C'est ça, ma peur à moi. C'est ça qui me fait hésiter à devenir mère, bien plus que la peur d'un mauvais bagage génétique pour l'enfant. C'est la peur de ne pas pouvoir le mener assez loin, mener l'enfant assez loin pour qu'il puisse (bien) survivre à ma perte.
Ma mère avait une force que je n'ai pas, que je n'aurai jamais, elle avait cette force et ce courage formidable et cela n'a rien changé, cela n'a rien empêché. De toutes ses forces, elle n'a pas pu protéger ses enfants de sa mort.
Je ne vais sans doute pas attendre, pour faire des enfants, qu'on ait développé le fameux diagnostic prénatal pour la schizophrénie. Par contre, j'ai décidé de me porter candidate pour une recherche sur la prédisposition génétique au cancer du sein. Les tests devraient commencer l'été prochain.
Cela n'a pas été facile, pour moi, de remplir les formulaires, Il fallait retrouver le certificat de décès de ma mère, retrouver les dates, les noms des médecins, écrire mon nom et mon adresse, rendre les choses concrètes, les faire exister sur papier. Je me rends compte que j'ai peut-être été superstitieuse, que c'est peut-être pour ça, entre autres, que je n'ai pas été à ces marches pour le cancer, que je n'ai pas lu les recherches, les nouvelles statistiques : pour ne pas que ça existe, pas pour vrai. Mais là, avec mon nom sur le formulaire, mon âge, mes «antécédents familiaux», le risque devient tangible, je n'ai plus le choix de l'assumer. Ma peur s'expose, indécente, sur le papier.
J'espère que c'est ce qui me sauvera.
Ma mère n'avait pas peur de mourir. Dans sa famille, les femmes vivaient 90 ans facile. Sa propre grand-mère avait vécu 103 ans. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne l'a pas vu venir.
Moi je vois venir, un peu trop peut-être. Moi j'ai la chienne de mourir, alors je vais me faire tâter l'aisselle à chaque année et, bientôt, j'irai me faire fouiller l'adn. J'en fais trop, là où ma mère en faisait moins.
Je laisse ma peur vivre, je la laisse déborder dans l'irrationnel, dans la phobie, car cette peur, c'est ce que j'ai que ma mère n'avait pas, et j'espère que ça fera une différence, j'espère que ma peur me sauvera. J'espère.
On en peut pas faire d'enfant si ce n'est dans l'espoir.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire