The people who do this thing, who practice racism, are bereft. That is something distorted about the psyche. It’s a huge waste, and it’s a corruption and a distortion. It’s like it’s a profound neurosis that nobody examines for what it is. It feels crazy. It is crazy.
(Toni Morrison)
Le racisme est une folie qui doit être traitée comme telle.
Je le dis sans réserve, sans nuance, sans doute. Oui, cela fait partie de mes certitudes. Nécessairement, cela influence ma façon d’enseigner.
Aborder le racisme comme on le ferait avec un trouble mental implique de traiter le discours raciste comme un délire, c’est-à-dire un discours qui résiste au réel à l’aide de pièges et de séductions, qui procure une grande satisfaction à la personne délirante, une défense psychique, un gain. Il faut opérer un travail de lecture (analyse / déchiffrement / décryptage) pour dégager les procédés de rationalisation, l’apparence trompeuse de gros bon sens, la pathologie du consensus.
Il faut écouter pour entendre. On écoute le délire, on l’analyse, on l’étudie pour remonter du symptôme vers la source du mal. Il faut savoir identifier, détecter, cela demande de la pratique, de se mettre les mains dedans… Il faut écouter pour entendre, il faut apprendre à lire.
Et ce n’est pas aux victimes de faire le boulot. Toni Morrison le dit clairement en entrevue : «Take me out of it». Ce ne sont pas aux Afro-Américains de faire le travail pour soigner les Blancs de ce mal, ce n’est pas à elle, autrice noire, de trouver la solution, ce n’est pas son devoir d’écrire des livres qui guérissent. (Elle le fait malgré tout, selon moi.)
Toustes les étudiants.es doivent connaître cette Histoire, toustes doivent être initiés.es à ce travail de lecture, pas seulement ceulles qui se sentent concernés.es, parce qu’iels ont subi et subissent encore du racisme.
Je veux continuer de leur apprendre à lire les discours haineux, à repérer les failles, les tours de passe-passe. Je pense qu'il est important que l'on puisse continuer de leur apprendre à se défendre contre les effets de ses discours (tant les effets sur celui qui le prononce que ceux sur celui qui le reçoit). Je ne sais pas comment le faire sans mes outils de travail, sans les textes où le mot apparaît, sans l’Histoire des mots.
Je ne sais pas comment je vais pouvoir continuer de les armer contre le discours de la haine si je ne peux plus le leur faire entendre…
***
Mon enseignement est-il idéologique? Peut-être, parfois.
J’essaie qu’il le soit le moins possible en indiquant clairement aux étudiants les moments où je m’éloigne de la neutralité.
Je ne pense pas que présenter le racisme comme une maladie mentale dont peut souffrir tout un peuple soit un contenu idéologique, un message militant ou partisan. Là où ça devient plus délicat, c’est quand on vise un peuple en particulier.
C’est pourquoi, quand des élèves de niveau collégial dans un cours de tronc commun me demandent si les Québécois sont racistes, je ne réponds pas directement à la question.
Je leur dis plutôt qu’il serait surprenant qu’ils ne le soient pas, si on tient compte des faits historiques et de l’imaginaire collectif (mythe, croyance, fantasme) que nous voyons dans ce cours.
Quand on considère les traumas vécus par ce peuple dans le passé, on peut s’attendre à trouver chez lui une peur de l’autre particulièrement intense. La présence de racisme serait cohérente avec son parcours, marqué par la résistance à l’assimilation, par la lutte contre un danger réel de disparition dans la masse.
Un peuple atteint de ce mal devrait d’abord être en mesure de prendre conscience de sa présence, de son origine, de son développement, avant d’espérer pouvoir se libérer des mécanismes de défense anachroniques : les dangers ne sont plus ce qu’ils étaient, le «pire» est ailleurs.
Je leur dis aussi qu’on peut mettre de l’avant d’autres événements historiques, d’autres désirs qui racontent une autre histoire du peuple québécois, une histoire de survie par l’adaptation, par le changement, une évolution par la rencontre de l’inconnu, ce qui apporterait un espoir de guérison.
parlez-nous d’autres choses
des enfants que nous aurons
du jardin que nous leur ferons
(Marco Micone)
Aucun commentaire:
Publier un commentaire