mardi 14 avril 2015

Un coeur autre

— Est-ce qu'on va pouvoir garder les deux chats?
— Oui, s'ils parviennent à s'entendre. 
— Et si jamais ils ne s'entendent pas... Qu'est-ce que tu vas faire? 
— Peut-être qu'il faudra trouver un autre foyer, si vraiment ça ne fonctionne pas. Mais ça m'étonnerait qu'on se rende là...
— Une autre maison! Mais comment tu ferais pour choisir? Moi je ne pourrais jamais choisir, je les aime autant tous les deux. 
— Euh...non, pas autant quand même.
— Oui je les aime aussi fort, les deux chats. 
— Tu vois Anaïs toutes les semaines depuis un an et demi. Tu connais Douri depuis deux jours. Et tu les aimes autant?
— Oui. Quand j'aime quelqu'un, c'est tout de suite. Le temps ça ne compte pas. 
— Mais voyons...
— Tu ne me crois pas?
— C'est pas ça, c'est juste que... il me semble que... ça ne se peut pas! Tu joues avec ce chat depuis un an, et avec l'autre, depuis deux heures, enfin... 
— Ça ne change rien. 
— C'est peut-être parce que ce sont des animaux? Avec les humains, c'est différent: si tu rencontres une nouvelle personne, tu ne peux pas l'aimer aussi fort, après seulement deux heures, que quelqu'un que tu aimes depuis des années. 
— Oui ça se peut. 
— Tu pourrais rencontrer quelqu'un aujourd'hui et, à la fin de la journée, l'aimer aussi fort que ta mère ou moi, ta soeur?
— Oui, bien sûr. Ça arrive. 
— ...
— Je ne dis pas ça pour te faire de la peine, c'est juste que c'est comme ça. 
— ...Ok. Bon. C'est comme ça. Pour toi. 

***
(Le verre à moitié plein : j'ai un peu moins peur de ce qui pourrait arriver à ma soeur si jamais je venais à disparaître avant elle.) 

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