mercredi 8 avril 2015

Charlotte Delbo, «Auschwitz et après : mesure de nos jours»


Tout était faux, visages et livres, tout me montrait sa fausseté et j’étais désespérée d’avoir perdu toute capacité d’illusion et de rêve, toute perméabilité à l’imagination, à l’explication. Voilà ce qui, de moi, est mort à Auschwitz. Voilà ce qui a fait de moi un spectre. À quoi s’intéresser [...] quand il n’y a plus de clair-obscur, quand il n’y a plus rien à deviner, ni dans les regards, ni dans les livres?

[le propos sur la difficulté d'entrer en contact avec les gens est d'une extrême clarté]
Je les interroge avec désespoir tant je voudrais qu’ils fussent de ceux qui m’auraient aidé, tant je voudrais pouvoir les aimer […] J’essaie de découvrir dans un pli de leurs lèvres, dans un éclair involontaire de leurs yeux le signe d’un peut-être. 

[...]
La nuit, j’ai le droit de n’être pas vivante. J’ai le droit de ne pas faire semblant. 

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