mercredi 3 décembre 2014

Je refais du théâtre pour la première fois depuis 3 ans et je me trouve vraiment moins bonne qu'en 2012. Déjà, en 2012, je me trouvais moins habile qu'en 2009, et ainsi de suite. 

Plus je vieillis, moins je suis talentueuse sur une scène. C'est un fait. D'abord parce que je perds très facilement ma concentration (je ris, je décroche, je déconne sans arrêt, au risque d'irriter les metteurs en scène), et surtout, parce que je perds ma polyvalence. 

Peu importe le rôle que je fais à présent, j'y mets toujours un peu trop de moi-même. 

Toute jeune, il me semble que j'étais un canevas parfait pour le jeu, avec presque rien d'inscrit à l'avance, une matière malléable, disponible, même si à l'époque je me plaignais parfois de ne pas avoir de personnalité, de voix ou d'expressions qui me soient propre. On ne me reconnaissait pas de loin à mon rire ou à ma démarche. J'étais un masque neutre, en attente de la proposition de l'autre, un caméléon constamment en train d'imiter, d'essayer un nouveau personnage. Les possibilités d'altérité à soi m'apparaissaient infinies et cela me procurait un sentiment de liberté. Or, voilà... je ne me sentais vraiment libre que sur scène. 

Aujourd'hui, je n'arrive plus à me quitter l'espace d'une pièce. Mes tics, mon accent, mes gros pas sur les talons, cette habitude irrésistible de me masser le coude quand je parle, tout finit par réapparaître et à prendre le dessus sur ce que j'ai essayé de composer pour le rôle. J'habite mon corps d'une façon beaucoup plus manifeste que lorsque j'avais 20 ans. Je suis devenue extravertie. Et je ne sais plus disparaître derrière le personnage, lui laisser la place. 

Adolescente, il fallait que je sois en train de faire du théâtre ou de la danse pour avoir la sensation de vraiment habiter mon corps, pour me l'approprier je devais être sur scène, pour me sentir en harmonie avec lui comme je me sens aujourd'hui un peu tout le temps, quand je marche dans la rue, quand je chante en faisant la vaisselle. Les lieux se sont inversés. Les proportions aussi, pour le mieux. 

Peut-être qu'au fond mon talent de jeunesse n'était que l'effet secondaire d'un mal être. 

Peut-être qu'au fond ce n'est pas si mal de ne plus pouvoir incarner quelqu'un d'autre. 

N'empêche que j'ai un show dans un mois et que la mère ne se ronge pas les ongles. 

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