jeudi 25 décembre 2014

C'est l'anniversaire de Jessie, qui pouvait bien s'halluciner fille de dieu. 

Cette année, j'ai envie de crier la fierté qu'elle m'inspire par sa façon de réagir aux différents changements (problèmes) occasionnés par le nouveau foyer d'accueil. Au lieu de s'apitoyer sur son sort, elle fait preuve de courage, plus que jamais peut-être, comme si les privations et les déceptions lui avaient fouetté le sang. 

Notamment, elle a réussi à intégrer un programme gouvernemental (pas encore coupé) qui lui permet de travailler une demi-journée (5h) par semaine sans perdre son aide social. Ça n'a pas été évident. Il a fallu qu'elle se rende plusieurs fois par elle-même (toute seule : je travaillais) dans un bureau d'Emploi-Québec. Elle n'a pas perdu patience quand on l'a fait revenir 3-4 fois, parce qu'il manquait toujours un document, et quand on l'a fait attendre deux heures avant de l'informer que son rendez-vous avait été reporté deux semaines plus tard. 

Après deux mois de formalité administrative, elle a finalement obtenu sa place. Elle a trouvé la première journée difficile. Rester debout pendant des heures à éplucher des légumes et à faire la vaisselle : elle n'avait plus l'habitude. Sa pression sanguine a joué au yoyo, les crampes dans le ventre se sont multipliées et les voix ont tenté un comeback, mais elle a tenu bon jusqu'à la fin de la journée. Elle est retournée la semaine suivante, cette fois pour déplier et placer des centaines de chaises. Puis la semaine suivante, pour emballer des cadeaux à en perdre le goût du ruban. 

À la fin du mois, elle a reçu son premier chèque de paie, à vie.

Ma soeur tient dans ses mains un chèque de 130$ qu'elle a gagné en travaillant (au contraire de son autre chèque : pour incapacité au travail). 

C'est énorme. 

C'est un espoir.

Je vais penser à 2014 comme à l'année de Jessie, inespérée et inattendue, et oublier la mienne. 

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