lundi 17 janvier 2011

Passer en mode elliptique.

c'est un dimanche que nous avons décidé d'arrêter
décidé de faire marche arrière dans ce qui était devenu un conflit
une blessure commune se nourrissant de nos reproches

nous avons déclaré forfait
avons quitté ensemble la scène du combat
pour aller au Club Piscine acheter une grosse machine

c'était devenu trop sérieux
trop sombre, trop lourd
les grandes décisions
les responsabilités d'adulte
les prises de conscience
les choix

deux mois à pousser
pour forcer l'autre à accélérer le rythme
le pousser au-dessus de la haie
de l'étape
pousser forcer courir
pour deux

il y avait la peur omniprésente
la grande mais aussi la petite
la peur de manquer

ce dimanche-là j'attendais
toujours la réponse pour la bourse
je comptais les jours
je comptais les sous

ce dimanche-là l'amoureux m'a demandé quelque chose

il n'osait plus depuis un certains temps
depuis qu'il avait dit non

il m'a demandé et j'ai dit oui
pour dire oui

pour le bonheur de se dire oui

le tout manque de sérieux

le truc énorme jure dans l'appartement
ne va nulle part

un achat incroyable pour des gens qui prennent les céréales en spécial
qui comptent le nombre de tomates dans le sac

pour donner l'argent qu'on avait pas il fallait avoir confiance
retrouver confiance en l'avenir
en nous
ça va s'arranger

un merveilleux coup de tête
libérateur

je regarde l'amoureux escalader gravir
puis c'est mon tour il me regarde
c'est le mouvement
le plaisir de le faire mais aussi de voir l'autre se prêter à la gestuelle clownesque

mais c'est un clown courageux que celui qui soulève bras et genoux en cadence dans l'hystérie du mouvement elliptique

pendant des heures après être revenus du « Club »
nous ne pouvions cesser de rire
à gorge déployée à chasser nos misères
« n'importe je me bats »

dans notre salon qui a retrouvé son soleil
la machine elliptique est énorme
exagérée

déraisonnable

***

une autre photo
pour continuer de rire

un beau matin
on va se lever

et elle sera là
au pied du lit

elle nous dira:
«Menez-moi à votre chef!»

oui maître

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