mardi 4 janvier 2011

Je me souviens de toi


Tu touches ma main. Je me souviens de toi.

Je me souviens de la phrase je me souviens de toi. De l'avoir lue ou entendue. Quelque chose venait juste avant, je me souviens du rythme, du poids que le rythme donnait à « je me souviens de toi ».

Tu touches ma main et je me souviens de toi.

Je me souviens d'avoir aimé. Et d'avoir été aimée.
Je me souviens de nous.

Je sais que c'est encore là, tout près, que je n'ai qu'à tourner la tête, que ça tourne avec moi pour rester dans le coin de l'oeil, encore quelque temps, que cela se repose.

Je me souviens de notre amour. Je sais que c'est là, disponible. Je sais que ce n'est qu'une question de temps, pour sûr, comme quand je sais pour sûr que les clés sont dans la sacoche et que je vais finir par mettre la main dessus.

Je tâtonne dans le noir à la recherche de ta main.

Tu t'es endormi.

***

Je ne t'écris jamais. Jamais de lettre d'amour, jamais de poème.

Ou seulement quand je suis à Paris. Un peu.

La distance me fait écrire, l'écart.

Je me mets à écrire dans l'espoir de réduire l'inadéquation, mon inadéquation au monde, aux autres parlants. Mon écriture est nécessairement adressée, en cela elle est un résidu de ma foi éteinte.

Je n'écris que dans l'écart.

Il y a un écart.

Un inconnu dans mon lit qui porte ton visage.

Mais voilà que tu touches ma main et je me souviens.

1 commentaire:

  1. Duras, Hiroshima mon amour: « je te rencontre, je me souviens de toi »

    RépondreEffacer