dimanche 20 février 2011

Pluie et brume

Pluie et brume sur Paris, on y croit à peine.

La tour Eiffel est une ombre.

La tour Montparnasse, une ombre carrée.

Le Louvre émerge du gris, hanté par ses touristes fantômes.

Je marche dans une carte postale en noir et blanc.


La Seine est sans reflets. La Seine est de l’eau.

Sur le Pont des arts les cadenas remplacent les amoureux.


Je traverse les carrefours en somnambule

sans impatience ni stratégie

Seuls les mouvements erratiques des chauffards mettent fin à l’irréalité du décor.


Paris est une borne de la mémoire, un repère dans le temps qui permet de mesurer le chemin parcouru.


En 2005, j’étais venue m’effondrer dans le 15e après une rupture amoureuse: arpentant Vaugirard, je comptais les amis perdus depuis mon séjour de 2003.


En 2010, ce n’était plus la même ville.


Je volais au dessus des boulevards parisiens, de leur foule, en me demandant pourquoi elle m’avait fait si peur. Certes j’étais exaspérée de désir, tourmentée par le manque de lui. Mais dans ma plainte, je flottais quand même à deux pieds du trottoir, portée par l’euphorie de me savoir aimée. Sans condition. Quelqu’un quelque part m'attendait, moi, ce que j'avais été, ce que j'allais devenir. Ayant trouvé un refuge où je serais toujours la bienvenue, je n’avais plus peur de me perdre.


La lune de miel aura duré trois ans. Je ne suis pas à plaindre.


Quand bien même il ne serait plus jamais question d'enfant, rien ne me garantit que je n’aurai plus à revivre décembre. Ou janvier. J'ai peur de revenir. Peur de ce à quoi m'expose mon amour.


À 18 ans ma sœur n’avait qu’un rêve, fuir dans une ville immense, disparaître dans la foule anonyme, échapper aux cris, aux reproches. Je la sens près de moi quand je saute par-dessus une merde de chien ou que je me fais une place sur une banquette du métro. Elle me dirait que ça va aller, que j’ai encore cette force qui m’a portée 30 ans, avant.


Pluie et brume sur Paris. On a peine à y croire.


Il n’y a plus de refuge, que des villes ouvertes à mes pas.

Et cette pluie ressemble à celle de Vienne après Nitra.


Il y a le travail. Il y a les livres. Il y a les étudiants qui exigent.

Il y a toujours une autre rue, un autre trottoir.


Ni effondrée ni légère, je marche à hauteur d'homme,

à hauteur de béton, les pieds sur le trottoir.


En moi rien ne s’écroule, rien ne s’élance,

je suis en convalescence,

le cœur bien soutenu dans son jello gris.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire