lundi 22 mars 2010

D'un samedi à l'autre

Samedi 20

C'est toujours quand je pense que je vais m'en passer que ça se déclare :
le virus de bienvenue. C'est comme la taxe, c'est le passage obligé.
Allergies à Avignon, gastro dans le Maine, une grippe terrible à Berlin.
Et maintenant la tourista parisienne.
Qu'est-ce que ce serait si j'allais dans une «destination exotique»...

Plus qu'assidue à mon bol de toilette,
j'évalue autrement la distance qui me sépare des miens,
des gens qui m'aiment et prendraient soin de moi,
je mesure autrement l'écart qui me sépare de mon lit,
de ce bon matelas et de la réserve de bouillon de poulet
qui m'attendent à la maison.... la maison

Ça me heurte d'un coup
comme si je pouvais sentir dans mon corps
ces milliers de kilomètres de flotte

Je m'ennuie de ma laveuse-sécheuse

***

La chambre était confortable quand je n'y étais pas confinée.
Ne pouvant m'éloigner plus de 10 min de mon trône
je dois renoncer à mes déambulations. Paris s'éloigne.

Les murs se rapprochent et les bruits semblent s'exacerbés.
Depuis mon arrivée, j'étais un peu dérangée par les claquements
sourds, répétitifs, de la grande porte de métal
dont le système de ralentissement est défectueux.
Ma chambre de bonne est située juste à côté de l'entrée du bâtiment,
il y a beaucoup de circulation alors immanquablement
je suis réveillée en sursaut par la décharge brusque
qui fait vibrer les murs.

Mais ce n'était que quelques fois par nuit.
Le jour j'étais en vadrouille et ne rentrais qu'épuisée,
prête à dormir dans à peu près n'importe quelles conditions.

Voilà trois jours que je n'ai pas pris une marche digne de ce nom
j'ai tout le loisir d'être saisie par les coups de butoir
une cinquantaine de fois par jour.

Et non ce n'est pas érotique, c'est juste très agaçant.
Mon moral est en chute libre.
Je mange des bananes.

***
Ambivalence de la fiction de l'Histoire:
propagande totalitaire et résistance de l'écrivain
.

C'est le sujet de ma recherche, certains voulaient savoir.

Je m'intéresse à des écrivains dont l'oeuvre s'inscrit en opposition à une idéologie totalitaire, mais dont les moyens employés (utilisation de l'archive et du témoignage authentique dans le récit fictif ET\OU utilisation de la fiction dans la mise en récit du document historique) peut sembler à première vue très près du travail de révisionnisme historique pratiqué par les agents de la propagande totalitaire. Autrement dit, je m'intéresse au fait que certains écrivains que l'on pourrait qualifier de résistants se font accuser de trahir les témoignages et les archives, de trahir l'Histoire, alors qu'ils sont justement en train d'attirer l'attention sur un fait historique que l'on a voulu effacer (la fiction est ici mise au service d'une vérité factuelle).

J'ai toujours le même problème: les textes qui correspondent parfaitement à ma problématique ont été écrits en russe, en serbo-croate ou en allemand, et si je veux travailler à fond le style des écrivains, il faut que je sois capable de lire* mon corpus dans la langue originale. *Dans ce contexte, lire = maîtriser complètement la langue, ses nuances, son humour, ses niveaux de langage, etc.; et non être en mesure de demander où est la gare.

Les auteurs francophones ou anglophones qui écrivent leurs livres en se servant de la documentation disponible portant sur le régime d'Hitler ou celui de Staline rencontrent ...une trop bonne réception. On ne les accuse pas de grand-chose, ils ne sont pas vraiment persécutés, du moins plus maintenant. Il y a eu une contestation assez violente auparavant, mais elle portait davantage sur la légitimité du témoignage que sur le recours au document historique.

Bref, il faut que je me décide : ou bien je continue d'essayer de trouver un corpus francophone ou anglophone qui corresponde à ma problématique (qui elle est issue de la lecture d'un auteur yougoslave) ou bien je travaille avec ce que j'ai (Simon, Modiano, Littell) et je modifie ma problématique. Je me donne encore quelques semaines pour décider. En attendant je lis beaucoup et je prends des notes : claires et détaillées ! Si le doctorat m'a appris quelque chose, c'est qu'on ne sait jamais combien d'années cela prendra avant que ce soit le temps de relire telle ou telle note. Alors il faut éviter les «VOIR P.74 très IMP » et rédiger les notes comme si elles devaient être lues par quelqu'un d'autre, par une inconnue.

***

J'avais dit que j'irais au théâtre à Paris. Mais c'est vraiment trop cher.
Je ne bénéficie ni d'un rabais étudiant ni d'un rabais jeunesse
ni des prix offerts pour les abonnements pour l'année.
Et en plus, comme ces abonnements sont très populaires,
il ne reste presque plus de place, même deux mois à l'avance !
Par exemple, pour un spectable en mai, cela me coûterait l'équivalent
de 40$CAN pour être au fond de la salle, en bord d'allée
sur une pas vraie chaise (strapontin).

Même avec une vraie chaise (TNM),
je ne paie pas 40$ pour voir du théâtre depuis le fond de la salle.

Je ne vais pas au théâtre, mais je vais au cinéma, où j'ai pu profiter d'un rabais et voir deux films pour 7 euros. Soul Kitchen et La Rafle.

Soul Kitchen : film allemand sans prétention mais très sympathique. J'ai particulièrement apprécié les scènes où des amoureux manifestent leur insatisfaction quant à leur relation qui se limite à se voir sur Skype. J'ai aimé aussi le chef cuisinier lanceur de couteau qui voue une haine à la malbouffe.

La Rafle: ...Philippe Mesnard propose d'étudier les représentations de la Shoah selon quatre configurations: réaliste, symbolique, critique, et pathique. Je dirais que le film la Rafle est une représentation qui se veut réaliste et qui suscite le pathos. Mais attention, je n'ai pas détesté le film pour autant. J'aurais aimé ce film, si ce n'était des scènes où on nous montre un Hitler vociférant ou prenant le frais sur sa célèbre terrasse. Je déteste ce genre de procédé ! Ce qui selon moi gâche Une exécution ordinaire de Marc Dugain, c'est la scène où Staline se confie à une employée et lui fait un exposé de sa doctrine. Et je n'ai pas encore lu le Jan Karski de Haenel, mais je suis sûre que je vais détester la scène où l'on montre Roosevelt en train de mater les jambes de sa secrétaire.

On y croit pas ! Ou plutôt on y croyait, avant que ne survienne le personnage historique archi-connu, l'icône, le cliché. Même si Hitler fut vraiment, réellement, historiquement, un homme vociférant et ordonnant l'extermination depuis un lieu enchanteur, de l'introduire dans un cadre réaliste sabote l'effet de réel. Le comédien avec sa petite moustache, malgré tous ces efforts pour être crédible, vient court-circuiter l'immersion du spectateur. Dans La Rafle, on nous montre bien ce qui n'avait peut-être pas été assez montré : le Vélodrome, les enfants, et alors on croit au malheur de ces pauvres familles innocentes ...et voilà qu'on se retrouve chez Hitler, chez Hitler comme chez Chaplin, dans un décor qui a l'air d'un décor justement parce que déjà trop vu. Hitler devient pour nos yeux usés sa caricature. Bref, le fait historique passait mieux sans le personnage historique.

***

Cette semaine se termine mieux qu'elle n'avait commencé. J'ai l'impression d'avoir reçu un cadeau: le concierge a fait réparer la porte d'entrée. Je suis restée bouche bée devant cette belle lenteur, la première fois que a porte n'a pas claqué. Et ce clong! discret, ah j'en aurais pleuré.

***

Il y a un gros orage.
Je me suis fait attraper par la pluie en revenant de la laverie.
J'ai couru sur le boulevard en essayant de protéger mon linge sec...
Ça m'a fait rire.
C'est signe que j'ai retrouvé le moral.

Je réalise qu'il faut simplement que je sorte de la chambre.
À tous les jours. Même si je n'ai rien de prévu.
Que c'est essentiel à mon bien-être.

Dès que je suis dehors et en mouvement, au bout de 10-15 min de marche, la joie revient, l'excitation : je suis à Paris !

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