vendredi 26 mars 2010

Déjà presque un mois ...ou le verre au tiers plein

Jardin du Luxembourg, gris et venteux, as usual.

Les canards n'ont pas peur des voiliers (catamarans?) miniatures que les enfants poussent vers le centre du grand bassin. Je ne vois pas de télécommande. Comment font-ils pour récupérer les bateaux ? Ceux-ci vont-ils immanquablement traverser de l'autre côté et se rapprocher de la rive ? Petits mystères, petite journée.

Je m'éloigne du bruit pour écrire des cartes postales. Celle de l'amoureux en dernier. Comme si je repoussais le plus longtemps possible le moment d'en être réduite aux mots avec lui.

Des amas suspects au sol attirent mon attention sur les ânes et poneys qui promènent les enfants. L'un des poneys est si petit que certains enfants arrivent à le monter sans aide. Je crois que c'est que j'avais en tête lorsqu'on nous avait annoncé, au camp Edphy, que nous allions passer l'après-midi à faire de l'équitation. J'avais 8 ans et le cheval était immense. Je pensais que j'allais galoper cheveux au vent, mais je suis restée bloquée à la première étape : monter sur le cheval. Une heure à me battre avec la selle. Et quand finalement j'ai réussi à me mettre dessus, s'en était fini de l'activité équitation. J'aimerais bien un jour m'élancer à nouveau sur la bête immense ...avec ma longueur de jambes actuelle.

J'ai écrit dans un message précédent que je me sentais plus grande et voilà que je parle de la longueur de mes jambes : j'habite mieux mon corps maintenant que je ne consacre plus une dizaine d'heures par jour à la rédaction de la thèse. Je sens mon dos se redresser, mes épaules se détendre et mes jambes reprendre leur place sous mon bassin (plutôt que devant moi sous le bureau). Je m'efforce de sortir tous les jours pour une marche d'au moins 20 min. Et aujourd'hui, pour la première fois, j'ai essayé de courir. Pas longtemps, une minute, juste pour voir. Le genou a réagi bien sûr, ça m'élance en arrière, mais rien de grave, pas d'inflammation durable. Je fais les étirements prescrits. J'essaierai deux minutes la prochaine fois, pour voir si ça tient le coup.

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J'aime que le séminaire auquel ma recherche est rattachée ne traite pas uniquement de la propagande totalitaire mais de la propagande au sens large. Dans une des séances, il a été question de la relation qu'a entretenue, au cours de son développement, la communication humanitaire et la propagande (autrement dit: l'aide humanitaire emploie dans ses campagnes de financement des moyens qui, par moments, s'apparentent à ceux de la propagande).

J'ai trouvé particulièrement intéressant le fait que les campagnes qui sont les plus efficaces pour récolter de l'argent pour lutter contre la famine en Afrique sont celles qui reprennent des traits associés à la Shoah. Soit que la position du corps de l'Africain mourant évoque certaines photos célèbres prises à Auschwitz, soit que le slogan qui accompagne la photo de l'enfant au gros ventre récupère la rhétorique du discours de l'après-Shoah. L'aide humanitaire exploiterait donc le fait que l'occidental est davantage enclin à donner son argent lorsqu'il peut retrouver dans la misère africaine quelque chose de la violence qui a frappé une Europe ...blanche. Il semblerait que l'occidental moyen puisse plus facilement s'identifier à un Juif mort il y a 60 ans qu'à un Tchadien ou un Rwandais qui est son contemporain.

Il y a aussi la possibilité que l'allusion à Auschwitz fasse en sorte que le donneur ne se pose aucune question sur les enjeux politiques et économiques entourant l'image de la victime noire qui lui est offerte. Le parallèle avec l'événement historique connu et compris (du moins on pense qu'on a compris) s'impose comme une réponse et vient en quelque sorte gommer la singularité du nouvel événement.

Il se produit plus ou moins la même chose avec les images qui présentent une violence (déplacement de population, massacre, génocide) comme s'il pouvait s'agir d'une catastrophe naturelle (rien sur la photo choisie pour la campagne de financement ne permet de différencer la victime affamée d'une sécheresse naturelle et la victime affamée d'un blocus économique).

Il faut comprendre que le donneur se montre plus généreux si on lui présente l'image d'une fatalité, l'image d'une victime dépolitisée et d'une violence «innocentée» de toute décision humaine. La plupart des images des campagnes de financement cherche à produire une réaction émotive immédiate (vite, donnez maintenant), or cette réaction pourrait être freinée ou carrément empêchée par la présence d'une explication des causes réelles de ce qui est représenté sur l'image.

Ce qui est éthiquement discutable, ce n'est pas tant que le donneur donne de l'argent parce qu'il a vu l'image, mais qu'il considère, après avoir donné de l'argent, avoir fait ce qu'il faut «pour que ça change», pour avoir un impact. Il donne de l'argent plutôt que de s'informer ou de s'engager politiquement. Il (l'occidental moyen et son pays avec lui) préfère donner de l'argent que de faire des pressions politiques.

Donc en fait, ce qu'on ne voit pas dans l'image utilisée par la campagne, ce qui reste caché dans cette image qui prend les traits d'une catastrophe naturelle ou d'un événement passé, c'est en quoi la situation actuelle serait évitable, en quoi cette famine ou cette misère pourrait être évitée par une décision politique.

J'ai aimé aussi l'exposé qui portait sur l'utilisation d'une photographie authentique avec une légende erronée. En fait... la légende est factuelle également, mais le lien avec l'image est faux: par exemple, on prend la photo d'un camp de réfugiés correspondant à un lieu à et un temps particuliers et on l'utilise pour dénoncer un autre camp pour lequel on n'a pas d'image. On sait que la violence existe dans tel pays alors on va trouver une photo qui pourrait être une photo de cette violence (mais qui ne l'est pas) et on l'utilise à des «fins humanitaires.»

Intentions / moyens
But / procédés
Éthique tic tic.

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Harper coupe à nouveau dans l'éducation. Désormais, les bourses de postdoctorat seront pleinement imposables au fédéral. Stupeur. Colère. La révolte gronde un peu partout sur facebook. J'essaie de prendre à mon tour un ton indigné, mais ce n'est pas très ...senti. J'arrive à me scandaliser d'une coupure budgétaire qui touche l'ensemble des postdoctorants, mais je ne me sens nullement, moi personnellement, victime d'une injustice. Je suis triste bien sûr quand je pense à ces milliers de dollars qui s'envolent, mais je ne peux pas dire que je sois révoltée. Je ne suis jamais vraiment surprise ou indignée qu'on réduise mon salaire: je suis surprise d'avoir un salaire, surprise qu'on me donne des bourses. Je dirais même que je suis habituée à ce qu'on me donne peu d'argent pour mon travail, j'y suis d'avance résignée, puisque la menace avait été clairement établie au départ, dès l'école secondaire: si tu choisies les arts et lettres tu crèveras de faim toute ta vie. J'ai pris cette voie en connaissance de cause, je suis surprise de ne pas crever de faim.

Pourtant, mon travail a une grande valeur à mes yeux, mais je ne m'attends pas à ce que ma société partage mon point de vue, mon régime de valeurs. Sans doute parce que cette société s'est pendant longtemps présentée à moi à travers le microcosme d'une région industrielle dont l'existence reposait presque entièrement sur ses mines et ses ports, sur ses ouvriers et ses techniciens. Je peux accorder une valeur à mon travail dans l'absolu, mais lorsqu'il est question de valeur monétaire... c'est comme si mon jugement s'enfonçait dans une ouate épaisse et que les chiffres me glissaient entre les doigts.

Est-ce là une forme d'intolérance, de mépris envers mon propre milieu, envers moi-même ? Si oui, alors ce mépris des arts et des lettres serait, j'en ai bien peur, incurable: il serait inscrit en moi aussi profondément que si on me l'avait administré à petites doses à chaque jour des 16 années que j'ai vécues sur la Côte-Nord. En effet, ces critères d'évaluation semblent avoir été établis une fois pour toute au cours de l'enfance et de l'adolescence. Peu importe ce que je fais maintenant et avec qui je le fais, je me sens toujours un peu coupable d'être payée pour pousser un crayon, toujours un peu parasite de consacrer ma vie à la pensée.

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Dans la série des «Faire une chose pour la première fois», je suis allée assister à l'enregistrement d'une émission de télévision: Tout le monde en parle à Paris.

La première chose que je dirai est que c'est physiquement très désagréable. D'abord il y a l'attente à l'extérieur du bâtiment (froid, pluie): plus d'une heure debout en file (alors que pour une fois je n'étais même pas en avance, je vous jure!). Ensuite ,c'est une demi-heure d'attente dans un grand escalier où l'on entasse les +-200 figurants. On nous distribue des sandwichs en nous disant de manger tout de suite (debout, sur une marche de l'escalier) parce qu'il n'y aura pas de pause-repas avant la fin de l'enregistrement prévue pour minuit (il est maintenant 18h30). Avant l'entrée en salle, on nous indique l'emplacement des toilettes: il s'agit de deux misérables cabinets (nous sommes au moins 200 personnes). On nous dit qu'il vaut mieux y aller maintenant, car il n'y aura que de très courtes pauses. C'est la panique, on se bouscule. Arrivée dans la salle: les estrades sont conçues de façon à ce qu'un même espace reçoive à la fois les fesses d'une personne et les pieds de la personne assise au dessus. Vous aurez compris qu'il n'y a pas de dossier, pas moyen de s'appuyer le dos sinon directement sur les jambes de la personne assise derrière vous. Il faut se tenir le dos droit et les pieds bien au sol (pas en indien) pour être prêt à se lever sur le champ pour applaudir à chaque fois que l'animateur de foule nous fait signe. Et on en a pour 5 heures dans cette position. 5 heures à se relever et à se rasseoir, à applaudir et à sourire, sous la chaleur des projecteurs, avec les bouteilles d'eau qui se font rares et des pauses ridiculement courtes où on se précipite au toilette (en autant qu'une dame située en 4e rangée, par exemple, peut se précipiter, alors qu'il lui faut descendre d'un étage à l'autre à travers les gens assis, puisqu'il n'y a pas d'escalier dans les estrades). Il arriva ce qu'il devait arriver, un homme rata une marche alors qu'il se dépêchait de regagner sa place. Il y eut du sang sur le décor, un assistant s'empressa de l'essuyer alors que l'entrevue suivait son cours.

Voilà pour la performance physique. Pour le reste... plusieurs des spectateurs français n'avaient pas compris qu'ils s'agissaient de l'édition québécoise. Ils pensaient que Thierry Ardisson allait animer. Ils pensaient surtout que l'émission serait diffusée en France et que leurs proches pourraient les voir, ce qui n'est pas le cas. Au fur et à mesure que des spectateurs comprenaient ce qu'il en était, un murmure d'exaspération s'élevait dans la salle. Plusieurs soupiraient de voir défiler des Québécois inconnus d'eux et d'entendre toutes ces questions portant sur une comparaison France-Québec, et ce, après avoir enduré tout ce que j'ai décrit plus haut. Plusieurs ont quitté avant la fin.

Je suis très curieuse de voir si, au montage, on a pu cacher ces petites manifestations de frustration éparpillées dans la salle. Sur place, le malaise était palpable, mais qu'est-ce qui passe vraiment à l'écran? C'est ce que nous verrons dimanche soir, le 4 avril. Enfin vous, pas moi, moi je verrais l'enregistrement à mon retour.

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Je m'en vais voir mon amie Camille que je n'ai pas vue depuis 5 ans. J'ai hâte de la redécouvrir, en couple et maman, dans ce coin de pays que je n'ai jamais visité. En Savoie. (On dit La Savoie ? Le Savoie ?) Par contre, je suis un peu embêtée d'apprendre qu'avec tout ce mauvais temps il y a encore beaucoup de neige au sol dans sa région montagneuse: c'est que je n'ai pas apporté mes bottes moi !

Je vous raconte comment je me suis débrouillée la semaine prochaine.

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