Paris change, Paris ne change pas. Les années passent et je demeure toujours aussi perplexe devant un zèbre en bikini qui m'offre une Orangina. Tiens, à cette station c'est une girafe, mais c'est la même poitrine voluptueuse serrée dans le maillot rose..
À la fin de ce voyage, j'aurai habité un peu plus de sept mois dans cette ville. Peut-on dire que j'y suis encore une touriste ? Oui, sans doute, puisque je ne comprends toujours pas pourquoi tant de Françaises prennent le risque de tomber du haut de leurs talons mi-nus-cules (elles en portent presque toutes) pour attraper un métro, quand il est clairement annoncé que le prochain passe dans 3 minutes.
Et je me demande encore comment font les jeunes enfants et tous ces chiens mi-nus-cules pour ne pas se faire frapper, alors qu'il y a des tas de scooters qui passent sur la rouge ou qui circulent sur les trottoirs, quand ce n'est pas carrément une voiture qui embarque sur le trottoir pour éviter un feu rouge (vu à la sortie du Pont du Carrousel / Quai Voltaire).
Je suis encore une touriste, car j'hésite à prendre le métro de Paris passé 21h: quand je ne me poserai plus la question, alors ce sera comme à la maison.
À la fin de ce voyage, j'aurai habité un peu plus de sept mois dans cette ville. Peut-on dire que j'y suis encore une touriste ? Oui, sans doute, puisque je ne comprends toujours pas pourquoi tant de Françaises prennent le risque de tomber du haut de leurs talons mi-nus-cules (elles en portent presque toutes) pour attraper un métro, quand il est clairement annoncé que le prochain passe dans 3 minutes.
Et je me demande encore comment font les jeunes enfants et tous ces chiens mi-nus-cules pour ne pas se faire frapper, alors qu'il y a des tas de scooters qui passent sur la rouge ou qui circulent sur les trottoirs, quand ce n'est pas carrément une voiture qui embarque sur le trottoir pour éviter un feu rouge (vu à la sortie du Pont du Carrousel / Quai Voltaire).
Je suis encore une touriste, car j'hésite à prendre le métro de Paris passé 21h: quand je ne me poserai plus la question, alors ce sera comme à la maison.
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Je marche sur le boulevard Victor. La boule du Palais des congrès me fait penser à Terre des hommes et le Palais des sports me rappelle quand j'habitais en face du Biodôme. Soudain, le dôme blanc paraît se dilater, prendre de l'expansion, se dédoubler d'un aura gris, noir. Cela me prend quelques instants pour discerner ce que je vois, en deviner la cause. Un incendie.
À la télévision, ils ont montré un étroit filet de fumée. Mais d'où j'étais, c'était un nuage, une boule s'élevant au-dessus d'une boule. Issy-les-Moulineaux. Je me demande comment un incinérateur fait pour prendre feu.
À la télévision, ils ont montré un étroit filet de fumée. Mais d'où j'étais, c'était un nuage, une boule s'élevant au-dessus d'une boule. Issy-les-Moulineaux. Je me demande comment un incinérateur fait pour prendre feu.
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Terre des hommes, ça me fait penser... J'ai une ligne de métro préférée. Au métro Pasteur, la ligne 6 en direction Charles-de-Gaulle Étoile. C'est une ligne extérieure qui monte très haut par rapport à la rue. J'adore prendre cette ligne. C'est peut-être parce qu'on peut y admirer, sans se tordre le cou, le dôme doré des Invalides et la Tour Eiffel. C'est peut-être parce qu'on y surplombe la Seine et ses péniches. C'est peut-être simplement à cause de cette présence des rails, du grincement des rails accompagné de cette vision particulière, en hauteur. Ce bruit et cette perspective me plongent dans l'enfance. Ils ramènent à la surface le souvenir des premiers tours en manège. Comment expliquer sinon cette intense excitation qui s'empare de moi simplement à la vue des rails sortant de terre au métro Pasteur ?
Vers 8 ans, 10 peut-être, j'étais à la Ronde et je cherchais quelque chose sans savoir vraiment quoi. Je revenais déçu de chaque manège. Ce n'étais jamais vraiment ça. Je disais à ma mère que je n'arrivais pas à retrouver mon manège préféré, mais je n'arrivais pas à le lui décrire sinon en disant que c'était comme un train mais dans les airs et avec plein de petites lumières. Ma mère m'a alors appris que très jeune, j'avais eu un plaisir fou à faire le tour de l'île en minirail, mais que c'était un truc très lent et sans aucun des virages et des descentes brusques que j'appréciais dans les montagnes russes. Elle m'a montré un petit train suspendu qui transportaient des gens âgé à une lenteur exaspérante. Je me suis dit que ça ne pouvait pas être ça. Je suis demeurée avec une insatisfaction ...jusqu'à ce que je me retrouve dans cette ligne de métro extérieure.
J'imagine que c'est parce que le train est plus gros, qu'il monte plus haut et va plus vite, qu'il parvient à recréer chez l'adulte ce que le minirail faisait pour le jeune enfant. Recréer n'est sans doute pas le bon terme. Ce n'est quand même pas tel quel. Alors si je suis excitée à ce point, ce n'est pas vraiment à cause du trajet de métro. C'est-à-dire que le souvenir y est pour beaucoup dans mon plaisir. Le souvenir qui n'est ni une image ni une parole mais une sensation de pure bonheur.
Le bonheur d'un petit enfant qui se retrouve subitement au-dessus du monde. Comme dans un avion, mais dans un avion qui volerait suffisamment bas pour que rien n'échappe au regard. De ce point de vue inversé, l'enfant découvre le dessus des têtes des adultes et même le dessus des maisons. Il peut embrasser d'un seul regard un lac, un boisé. Il peut tenir dans ses yeux le manège qui lui faisait peur et ces grands bâtiments colorés dont il décrète alors la fonction magique. Il peut regarder en face, en égal, ces arbres immenses qu'on ne trouve pas chez-lui. Et quand il redescend sur terre, le souvenir de ce qu'il a vu lui lui donne l'impression d'avoir grandit de quelques pouces.
Quand je sors à Trocadéro, je suis plus grande.
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Vers 8 ans, 10 peut-être, j'étais à la Ronde et je cherchais quelque chose sans savoir vraiment quoi. Je revenais déçu de chaque manège. Ce n'étais jamais vraiment ça. Je disais à ma mère que je n'arrivais pas à retrouver mon manège préféré, mais je n'arrivais pas à le lui décrire sinon en disant que c'était comme un train mais dans les airs et avec plein de petites lumières. Ma mère m'a alors appris que très jeune, j'avais eu un plaisir fou à faire le tour de l'île en minirail, mais que c'était un truc très lent et sans aucun des virages et des descentes brusques que j'appréciais dans les montagnes russes. Elle m'a montré un petit train suspendu qui transportaient des gens âgé à une lenteur exaspérante. Je me suis dit que ça ne pouvait pas être ça. Je suis demeurée avec une insatisfaction ...jusqu'à ce que je me retrouve dans cette ligne de métro extérieure.
J'imagine que c'est parce que le train est plus gros, qu'il monte plus haut et va plus vite, qu'il parvient à recréer chez l'adulte ce que le minirail faisait pour le jeune enfant. Recréer n'est sans doute pas le bon terme. Ce n'est quand même pas tel quel. Alors si je suis excitée à ce point, ce n'est pas vraiment à cause du trajet de métro. C'est-à-dire que le souvenir y est pour beaucoup dans mon plaisir. Le souvenir qui n'est ni une image ni une parole mais une sensation de pure bonheur.
Le bonheur d'un petit enfant qui se retrouve subitement au-dessus du monde. Comme dans un avion, mais dans un avion qui volerait suffisamment bas pour que rien n'échappe au regard. De ce point de vue inversé, l'enfant découvre le dessus des têtes des adultes et même le dessus des maisons. Il peut embrasser d'un seul regard un lac, un boisé. Il peut tenir dans ses yeux le manège qui lui faisait peur et ces grands bâtiments colorés dont il décrète alors la fonction magique. Il peut regarder en face, en égal, ces arbres immenses qu'on ne trouve pas chez-lui. Et quand il redescend sur terre, le souvenir de ce qu'il a vu lui lui donne l'impression d'avoir grandit de quelques pouces.
Quand je sors à Trocadéro, je suis plus grande.
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Même pas deux semaines à Paris et j'en ai déjà marre de la foule sur ces trottoirs où on ne peut pas marcher deux de large. J'évite le centre, les monuments, les touristes, et je visite davantage mon coin, le 15e et le 14e. L'entrée de la Cité universitaire est vraiment imposante (oui j'ai une pensée pour les résidences de l'Uqam). Au Parc Montsouris, les quelques jonquilles ont fort à faire pour supplanter l'odeur de merde: c'est le printemps. Le lac artificiel fait penser au Parc Lafontaine, seulement ici ce sont les corbeaux qui règnent, pas les canards ni les pigeons.
Dans ce parc, il est écrit un peu partout: si vous aimez les oiseaux, ne les nourrissez pas. Une jeune couple s'en moque et jettent des miettes à un corbeau. Ils font des petits bruits pour alerter les autres volatiles ...qui se précipitent. Quand une trentaine de spécimens sont rassemblés devant eux (et devant moi), le garçon lance dans les airs toute une tranche de fromage jaune (genre kraft, genre carré). C'est la cohue. On ne voit plus que des ailes qui battent l'air au son des cris. Un corbeau réussit à s'enfuir avec la moitié de la tranche mais il est vite rattrapé par les autres qui lui tombent dessus. Les amoureux rigolent. Et rigolent. Je n'arrive pas à trouver ça drôle. Peut-être parce que je lis La nuit d'Elie Wiesel où il est décrit dans le détail le jeu des SS qui s'amusent à jeter un pain au milieu d'un groupe de juifs affamés.
Faudra faire gaffe à l'humour. Faudra faire gaffe à se garder de l'humour.
Dans ce parc, il est écrit un peu partout: si vous aimez les oiseaux, ne les nourrissez pas. Une jeune couple s'en moque et jettent des miettes à un corbeau. Ils font des petits bruits pour alerter les autres volatiles ...qui se précipitent. Quand une trentaine de spécimens sont rassemblés devant eux (et devant moi), le garçon lance dans les airs toute une tranche de fromage jaune (genre kraft, genre carré). C'est la cohue. On ne voit plus que des ailes qui battent l'air au son des cris. Un corbeau réussit à s'enfuir avec la moitié de la tranche mais il est vite rattrapé par les autres qui lui tombent dessus. Les amoureux rigolent. Et rigolent. Je n'arrive pas à trouver ça drôle. Peut-être parce que je lis La nuit d'Elie Wiesel où il est décrit dans le détail le jeu des SS qui s'amusent à jeter un pain au milieu d'un groupe de juifs affamés.
Faudra faire gaffe à l'humour. Faudra faire gaffe à se garder de l'humour.
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J'écris moins. Le dépaysement s'estompe. La routine du travail s'installe. Moins de péripéties dues au déplacement, moins de chocs de cultures à raconter. Mes journées commencent à ressembler à ce qu'elles sont à la maison: des livres, de la bouffe, un ordinateur. Je ne vais quand même pas vous parler du boulot ! Peut-être au fond. Tiens, la prochaine fois, je vous parle du postdoc.
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