dimanche 21 avril 2019

maison nuit (zotrabit)


Impossible de dormir couchée, le rhume bouche les orifices. Impossible de dormir assise avec le dos blessé. C'est ma première nuit blanche depuis le début de la vie à trois. 

Avant, seule chez moi, je me serais levée pour aller prendre une douche ou me faire à manger, j'aurais avancé les corrections ou lu ou écrit, j'aurais chanté, écouté un film, fait du bruit, j'aurais vécu, la nuit, comme je l'ai fait toutes ces années de ma décennie-sans-coloc. 

Et maintenant je suis coincée dans un corridor frais peint, arrêtée dans mon élan par les respirations entrecroisées des endormis. Les autres.

Les autres habitent.



Je me souviens qu'il a dit mon fils et moi, on dort ben dur. 

Le plancher craque mais les ronflements tiennent bon. Je me demande jusqu'où je peux aller. Flusher ou ne pas flusher, la bouilloire, le micro-ondes, pas de lumière sous les portes. Je me donne le droit (bébé a faim), dans la poêle, l'huile grésille. Je me dis cette fois ils vont se réveiller, c'est pas possible que je puisse faire tout ça au beau milieu de la nuit dans une maison pleine de monde. 

Je m'assois devant la télé avec mon repas, le sac de glace dans le dos. Les chats font les fous, font tomber ma fourchette, se prennent le mur, sans écho. C'est le jour la nuit, c'est comme je veux, comme avant, comme d'habitude quand j'étais seule, à un détail près qui gagne en chaleur : la maison est pleine. 

J'ai toujours cru que ce serait l'un ou l'autre, un rêve après l'autre, jamais les deux en même temps, jamais que je souperais à 4h du matin dans une maison pleine. 

pour une nuit, qui se répétera ou pas, ça coïncide
pour un instant, qui durera ou pas, je suis
libre et pleine


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