Nous avions 20 ans, tu avais voulu faire mon
portrait. Je t’avais dit de regarder plutôt la toile de Magritte. Je t’avais
dit : « Regarde c’est moi, c’est ma force, ce rocher suspendu dans les airs. Tu
vois, j’ai réussi à le soulever et à le tenir à bout de bras le plus loin
possible de mon visage. Je ne peux pas le dissoudre et je n’ai nulle part où le
jeter, mais je le soutiens. Et quand bien même je devrais le maintenir à
distance toute ma vie, jamais je ne laisserai retomber sur moi. » J’avais
20 ans. Je t’écris aujourd’hui pour te dire que le fil invisible s’est brisé,
que mes coudes ont cédé, et que je coïncide maintenant avec ce qui m’écrase.
Migration
Il y a 13 ans

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