On s'est levé à 6h30 pour faire la file à la clinique, à 19h on a su : fracture de la main. Ma soeur s'est pris les pieds dans une patte de chaise en rangeant de la vaisselle lors de sa journée de travail en cuisine. Le médecin pense qu'elle en a pour six semaines d'immobilisation. Elle risque de perdre sa place dans le programme gouvernemental de retour à l'emploi, place qu'elle a attendue deux ans. Ça avait fait mon Noël quand j'avais su que ça y était. Entéka.
Tant pis pour la job, mais n'empêche... quessé qu'elle va crisser pendant six semaines? Ma soeur n'a pas de vie sociale, elle ne lit pas, n'a pas d'ordinateur et n'a aucune envie de s'engager dans la lutte sans merci que se livrent les autres pensionnaires pour le contrôle de la télévision. Couture, dessin, broderie, sculpture, vitrail, flûte, tam-tam : sa vie, c'est ses mains. Quand elle ne peut rien bricoler, c'est comme si elle n'habitait plus le monde, comme si elle était enfermée à l'intérieur, dans sa tête, où il ne fait pas toujours bon vivre. Entéka.
Je feelais pas d'avance. On n'en était pas encore revenu d'apprendre, il y a deux semaines, qu'à cause d'un fuckaillage avec l'ancien travailleur social, ma soeur n'avait jamais été inscrite, comme convenu, sur la liste d'attente pour un logement public (appartement supervisé). Temps d'attente : deux-trois ans. Temps perdu à cause du fuck bureaucratique : deux ans. On repart le chrono à zéro.
Mon helper, ma wonder woman de belle-mère, celle qui, au besoin, prenait la relève avec ma soeur, a attrapé une pneumonie. Son organisme résiste à presque toutes les sortes d'antibiotiques. Elle peut seulement prendre celui qui te jette à terre en te faisant demander ce qui est le pire, du mal ou du remède. On ne sait pas ce qui se passera le jour où celui-ci ne fera plus effet. Entéka.
La semaine dernière, j'ai appris que le seul contrat que je suis «sûre» d'avoir à chaque automne a été coupé au montage. Pis on ne sait pas si la session d'été survivra à la grève. Mon pas de job fait des petits.
Entéka.
Entéka.
Quessé que ça veut dire, entéka? Pourquoi je dis ça tout le temps? Quessé que c'est censé apporter comme consolation, ou comme plan de match? En tous les cas quoi? On fait quoi?
Pour le dire simplement, je gère mal. Ça fait une couple de semaines que je racle le fond du baril de mes ressources mentales. Je n'ai presque plus de capacité d'adaptation, de recul, cette distance dont naît l'humour, et souvent, le courage.
2015 s'annonce pour être une année sans colonne.
Et sans sex-appeal (sérieux, je pense que j'avais plus de charisme à 4 ans). Le burn-out me fait le sourire acide et on n'attrape pas le monde avec du vinaigre. De l'été, je m'ennuie même des mouches.
Ô printemps, please, dude, fais un cliché de toi-même.
Ramène le soleil et les oiseaux pit-pit.
Mets-moi le rouge aux joues.
Je n'ai rien à offrir en échange, plus rien en réserve.
Je te demande un chèque en blanc.
Entéka veut dire je réclame un french de l'univers.
Gratuit.
Je n'ai rien à offrir en échange, plus rien en réserve.
Je te demande un chèque en blanc.
Entéka veut dire je réclame un french de l'univers.
Gratuit.
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