samedi 5 juillet 2014

Il a fait chaud (et je ne devrais jamais essayer de répondre à l'actualité médiatique)


J'essaie depuis hier de formuler une pensée et je n'arrive qu'à un truc con du genre: mes seins sont toujours avec moi.

Mes seins sont toujours là, peu importe le contexte. Quand je me lève en retard le matin, quand j'ai froid en sortant de la douche, quand je dois les strapper pour faire du sport, quand la sueur de l'entraînement leur donne des petits boutons, quand je les tâte vigoureusement pour vérifier qu'ils ne sont pas en train de me tuer à coup de tu meurs, mes seins sont là, comme mes coudes, mes dents, mon pancréas. Occasionnellement, il arrive que mes seins participent à une activité sexuelle, ils sont alors, à mes propres yeux, érotisés. C'est un de leurs statuts, parmi d'autres. C'est loin d'être leur attribution la plus courante, la plus quotidienne. En soi, pour moi, mes seins ne sont pas de prime abord des objets sexuels. Ils le deviennent, à l'occasion.

Mais à tous les jours pourtant, quotidiennement, je dois tenir compte du rôle de séduction, voire de provocation, attribué à mes seins par le regard de l'autre. Même quand il fait 38 degrés dehors, même quand je sue ma vie et que le contact de ma camisole détrempée m'exaspère, je ne peux pas être seins nus dehors, même pas dans un parc. Même par 38 degrés, alors que ma brassière me mord la peau, qu'elle me laisse de grands traits rouges qui chauffent, je ne peux pas l'enlever, même pas sur mon propre balcon, jamais. Et à l'intérieur, chez moi, je dois faire attention aux fenêtres, à ne pas choquer les voisins. Je dois me résigner à couvrir mes seins, à tous les jours, toute ma vie, à cause de quelque chose qui ne concerne en rien ce qu'ils sont pour moi. À cause de quelque chose que mes seins font quelques heures par année, comme être sous tes mains par exemple. Et je ne dis pas que ce n'est pas agréable d'avoir mes seins sous tes mains, je dis que c'est, pour mes seins, une occasion spéciale, un jour de fête, que ce n'est pas leur job à temps plein, et qu'ils en portent pourtant la marque en tout temps. 

Bref, tout ça pour dire que... ce serait déjà vraiment bien qu'une femme puisse allaiter en public sans se faire harceler par du monde qui voient du cul partout où il y a du corps. Ce serait vraiment bien, mais voilà, ce serait quand même b'en rien qu'un début. 

I have a dream... qu'un jour, j'irai chercher ma pinte de lait en jeans. 

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