(Les murs ne sont pas moins hauts, je me suis habituée à l'étouffement, ne pas avoir de ciel, de ligne d'horizon : le prix à payer pour la culture. Le loyer est aussi trop cher simplement pour pouvoir entendre tous les jours en marchant le vent dans les arbres, combien au mètre carré de parc?)
Depuis une semaine, je laisse la porte du balcon ouverte, j'en profite avant les mouches. Je surveille le chat et fais des sons désagréables dès qu'elle met une patte sur la grille, je la conditionne à ne pas s'approcher du bord. Ça fonctionne, elle a compris, je ne crains plus qu'elle chute du 3e étage, je peux laisser la porte ouverte alors que je suis à l'intérieur à faire autre chose.
Ce soir, j'étais étendue dans mon lit, à écrire sur le portable, la porte du balcon était entrouverte et je pouvais voir Anaïs entrer et sortir à sa guise, sans que j'intervienne : l'ado quitte le nid, vivre sa vie. L'entrebâillement, l'ouverture dans la caverne, je ne pensais pas qu'un peu de circulation me rendrait si heureuse. Je me suis sentie normale pour la première fois depuis trois ans, depuis que je suis retournée habiter en ville dans ce petit appartement refermé sur lui-même. J'ai eu l'impression d'avoir une vie normale parce que mon chat était sur le balcon, une vie saine parce que ça circulait, parce que c'était ouvert sur le dehors sans pour autant que je sois à la rue à la merci des loups, parce c'était un juste dosage de réserve, une confiance en la vie : le chat ne va pas tomber, le chat ne va pas mourir, je peux laisser la porte entrouverte.
Ça a cogné à l'autre porte, celle des humains. La voisine me dit que la présence de mon chat dérange les animaux des autres locataires de l'immeuble. Les autres chats n'ont pas le droit de sortir sur le balcon («c'est beaucoup trop dangereux, avec tous ces oiseaux»). Les autres chats qui sont ici depuis des années et qui n'ont jamais mis le nez dehors font des crises à leur maîtresse quand ils voient ma petite insolente se balader le nez au vent. Il va falloir, si je persiste à laisser mon chat aller dehors, que je trouve un moyen de le garder dans «ma partie» du balcon afin qu'il n'aille plus narguer les autres chats dans leurs fenêtres, il va falloir que je trouve une façon de bloquer le passage pour qu'un chat (un chat capable de sauter les 5 pieds entre la télévision et le dessus du garde-robe) ne puisse pas se rendre sur le balcon qui n'est pas directement devant ma porte.
J'imagine que je dois me compter chanceuse, car officiellement, les animaux ne sont pas permis dans l'immeuble, du moins, on n'est pas censé les entendre ni les voir. On me laisse la sortir sur le balcon si je trouve une façon de contrôler ses déplacements («une laisse, peut-être?»).
Contrôler les déplacements d'un chat... je pourrais aussi lui couper les pattes, histoire de la transformer tout de suite en joli bibelot.
Garder Anaïs en laisse sur mon balcon?! SON balcon, son espace de dehors que j'étais si heureuse de lui offrir....
Ce soir, Montréal, je ne t'aime pas. Ce soir, belle et terrible ville, tu m'étouffes.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire