Tu avais tellement peur d'être une femme infidèle.
Tu disais comment je ferai pour choisir, il y a tellement d'hommes que je trouve attirants, dans la rue, à la télé, sur les couvertures de magazines. Si Brad m'aime, est-ce que je saurai ne plus voir la beauté des autres, celle de Matt, de Brandon? Chanteurs, acteurs, sportifs, flics, pompiers, tu les aimais tous, les dévorais du regard. Et moi je te disais le jour où tu en auras un, un seul mais pour vrai, alors seulement tu connaîtras les exigences de ton désir.
Tu as eu un homme en vrai, dans ta vie, dans ton lit, et tu n'as plus confondu l'acte et le fantasme. Tu pouvais regarder Brad à la télé, te rincer l'oeil tous les jours sur les affiches, dans les vitrines des dépanneurs du métro, cela n'avait aucune importance. Tu rêvais à tous mais dans ses bras à lui. Lui à qui tu racontais tes scénarios préférés, tes scènes imaginaires. Et il te racontait les siennes.
Vous vous laissiez libre de voir d'autres gens, mais l'envie n'y était pas. Vous êtiez un couple ouvert qui ne couchait avec personne d'autre.
Pour une fois, j'avais eu raison. Sur ce point, nous étions semblables.
Tu disais comment je ferai pour choisir, il y a tellement d'hommes que je trouve attirants, dans la rue, à la télé, sur les couvertures de magazines. Si Brad m'aime, est-ce que je saurai ne plus voir la beauté des autres, celle de Matt, de Brandon? Chanteurs, acteurs, sportifs, flics, pompiers, tu les aimais tous, les dévorais du regard. Et moi je te disais le jour où tu en auras un, un seul mais pour vrai, alors seulement tu connaîtras les exigences de ton désir.
Tu as eu un homme en vrai, dans ta vie, dans ton lit, et tu n'as plus confondu l'acte et le fantasme. Tu pouvais regarder Brad à la télé, te rincer l'oeil tous les jours sur les affiches, dans les vitrines des dépanneurs du métro, cela n'avait aucune importance. Tu rêvais à tous mais dans ses bras à lui. Lui à qui tu racontais tes scénarios préférés, tes scènes imaginaires. Et il te racontait les siennes.
Vous vous laissiez libre de voir d'autres gens, mais l'envie n'y était pas. Vous êtiez un couple ouvert qui ne couchait avec personne d'autre.
Pour une fois, j'avais eu raison. Sur ce point, nous étions semblables.
Quand on a la fidélité dans le sang, elle s'accomplit sans effort. Non comme un devoir moral, une obligation, mais comme un réflexe animal. Le mouvement de retour vers une odeur, une saveur, une texture. Le nid, la tanière, le repère. Une voix, une vivration. La pression des mains, le tracé des doigts, l'empreinte sur mon corps. Je t'appartiens. Sans effort.
Parce que ce n'est pas une question d'engagement, de possession. Ce n'est pas une loi, pas une règle, pas une contrainte que l'on se fixe, mais l'effet inévitable d'un apprivoisement.
***
Après le grand mal, il a fallu rester en vie. À l'automne, je veux recommencer à vivre tout court, un peu, à petit pas. Mais je me méfie de cet animal blessé, pressé de se creuser un trou dans la peau d'un homme, d'un seul, de cette douceur de bête qui pourrait chercher trop vite à retrouver la même odeur. J'ai peur du caractère de mon sang, de mon coeur à fleur de peau.
Chez moi comme chez toi, la jouissance de la chair ne reste jamais vraiment, ou jamais longtemps, séparée du reste. Même si je le voulais. Même si ce serait tellement plus simple.
Mon corps n'est jamais viande, jamais réseau autonome, jamais surface isolée, comme s'il n'avait jamais atteint la maturité de la coupure.
Ce serait plus simple si je pouvais le tenir à distance, si rien ne pouvait m'atteindre par lui, si je pouvais le mettre en circulation comme un objet m'appartenant, un objet dont je tirerais des bénéfices sans risquer de le voir servir de porte d'entrée. C'est pourquoi je travaille à saboter l'élan naturel, à court-circuiter ma tendance vers le «un», en ne laissant pas mon regard s'arrêter sur quelqu'un.
Mes yeux valsent dans la multitude en agrippant au passage une épaule, un sourcil. Des morceaux pour recomposer l'être manquant. La barbe de l'un. La cuisse d'un autre.
Quantité de chairs pour ressusciter ce qui n'a jamais existé et a néanmoins été perdu. Corps fantastique de l'idéal, monstre à dix têtes et pourtant sans visage.
la pluralité pour mieux diviser
mon désir distribué à tout venant
ma propre personne s'en trouve morcelée
étirée à la limite de l'éclatement
je regarde les feuilles s'accumuler devant moi en taches rouges
je dis que dans un moment comme celui-làParce que ce n'est pas une question d'engagement, de possession. Ce n'est pas une loi, pas une règle, pas une contrainte que l'on se fixe, mais l'effet inévitable d'un apprivoisement.
***
Après le grand mal, il a fallu rester en vie. À l'automne, je veux recommencer à vivre tout court, un peu, à petit pas. Mais je me méfie de cet animal blessé, pressé de se creuser un trou dans la peau d'un homme, d'un seul, de cette douceur de bête qui pourrait chercher trop vite à retrouver la même odeur. J'ai peur du caractère de mon sang, de mon coeur à fleur de peau.
Chez moi comme chez toi, la jouissance de la chair ne reste jamais vraiment, ou jamais longtemps, séparée du reste. Même si je le voulais. Même si ce serait tellement plus simple.
Mon corps n'est jamais viande, jamais réseau autonome, jamais surface isolée, comme s'il n'avait jamais atteint la maturité de la coupure.
Ce serait plus simple si je pouvais le tenir à distance, si rien ne pouvait m'atteindre par lui, si je pouvais le mettre en circulation comme un objet m'appartenant, un objet dont je tirerais des bénéfices sans risquer de le voir servir de porte d'entrée. C'est pourquoi je travaille à saboter l'élan naturel, à court-circuiter ma tendance vers le «un», en ne laissant pas mon regard s'arrêter sur quelqu'un.
Mes yeux valsent dans la multitude en agrippant au passage une épaule, un sourcil. Des morceaux pour recomposer l'être manquant. La barbe de l'un. La cuisse d'un autre.
Quantité de chairs pour ressusciter ce qui n'a jamais existé et a néanmoins été perdu. Corps fantastique de l'idéal, monstre à dix têtes et pourtant sans visage.
la pluralité pour mieux diviser
mon désir distribué à tout venant
ma propre personne s'en trouve morcelée
étirée à la limite de l'éclatement
je regarde les feuilles s'accumuler devant moi en taches rouges
je pourrais vraiment coucher avec tout le monde
homme femme roche lampadaire
me donner à tous et à tout
jusqu'à la dissémination complète
l'effacement
j'ai trouvé une autre façon de disparaître
***
La défense permet de se protéger et de rester en vie.
Mais trop de défense empêche de vivre.
Comment savoir si on a retrouvé assez de force, si on est maintenant prête à prendre le risque d'arrêter son regard sur une personne, un corps, un homme.
Prendre le risque du un, d'apprécier une présence plus qu'une autre, de retenir, d'y tenir.
Un autre à perdre.
Tellement plus de chances de perdre tout un d'un seul coup que de les perdre tous à la fois.
Tous mes oeufs dans le même panier qui s'envole parce qu'un bus, parce que le cancer, parce qu'un coup de fil.
Seulement un plus difficile à remplacer que un parmi.
Tant qu'il y a plus d'un, je reste protégée, anesthésiée, mon corps loin loin devant moi. Tant que ce n'est pas un seul, rien ne peut m'arriver.
Tant qu'il y a plus d'un, je reste protégée, anesthésiée, mon corps loin loin devant moi. Tant que ce n'est pas un seul, rien ne peut m'arriver.
Parfois je donnerais tout ce que j'ai, tout ce qui me reste, en échange de la capacité d'évaluer la juste mesure de défense. La mesure nécessaire et appropriée.
Ni trop ni trop peu. Au bon moment. La bonne mesure, celle qui laisse respirer. Savoir avec qui, quand, où, enlever le plâtre et mettre du poids sur la jambe brisée.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire