Le superviseur de ma recherche postdoctorale est d'origine serbe. Il parle un excellent français, mais l'accent québécois lui pose des difficultés. Il doit venir au Québec cet automne, alors je lui ai donné ma compilation des meilleurs titres de Desjardins pour qu'il se fasse l'oreille. Je lui ai également écrit une sorte de notice biographique de Desjardins. En fait, j'ai dû l'écrire deux fois, parce que Hotmail a cruellement fait disparaître ma première version. La seconde fois, j'ai préféré écrire mon brouillon ici alors... tant qu'à l'avoir fait, autant publier le message. Ça ne vous apprendra sans doute pas grand-chose, mais bon... ça faisait longtemps que je n'avais pas tanné personne avec mon amour pour le chansonnier.
***
Richard Desjardins est né en 1948 à Rouyn-Noranda.
Richard Desjardins est un parolier, un compositeur, un musicien (pianiste surtout) et un conteur.
Richard Desjardins chante, mais ce n'est pas un chanteur. Sa voix rauque et nasillarde en rébute plus d'un.
Ça et son accent qu'il laisse parfois se déployer jusqu'à rendre certaines chansons hermétiques. Je ne sais pas si vous comprendrez quelque chose aux chansons « Le bon gars » et « Boomtown café », mais elles vous donneront une idée de jusqu'où on peut aller dans le québécisme. Je vous invite à consulter l'internet (« Desjardins » + « lyrics »), pour ces deux chansons mais aussi pour les autres: de pouvoir lire les mots devrait, je l'espère, faciliter votre compréhension des textes.
Desjardins ne connut pas un succès immédiat. Son album « Les derniers humains », où il est question, entre autres, du destin des peuples autochtones d'Amérique, passe presque inaperçu en 1988. Mais en 1990, l'album « Tu m'aimes-tu », composé principalement de chansons d'amour, lui vaut la reconnaissance du milieu artistique et du grand public. On rédécouvre alors les chansons antérieures à contenu politique.
Ce que je veux souligner ici, c'est que les prises de positions de Desjardins face à l'épineuse question du traitement accordé aux amérindiens et à l'environnement (au Québec, ces deux causes se retrouvent très souvent liées) ne furent « entendues » du public qu'après qu'il l'eut charmé de ses mots. Pendant les années 90, le public accepta que Desjardins aborde les sujets les plus sensibles, parce qu'il le faisait en poète.
Les choses se gâtèrent lorsqu'en 1999 Desjardins délaissa le ton du poète pour réaliser un documentaire sur les coupes à blanc (les coupes massives des forêts en région). « L'erreur boérale » suscita une vive polémique. L'intention de Desjardins fut, je le crois, peu ou mal comprise. L'artiste voulait attirer l'attention sur le fait que si les industries (américaines) épuisent la ressource, ce sont les ouvriers québécois qui se retrouveront, dans une génération ou deux, sans emploi. Mais plusieurs crurent qu'il voulait faire fermer ces industries, peut-être dans le but de rendre les terres aux autochtones. Cette interprétation erronée (ou du moins excessive) fut encouragée par les dirigeants de ces industries et certaines instances gouvernementales. Des environnementalistes se portèrent à la défense de Desjardins, ce qui ne l'aide pas vraiment, puisqu'il se trouva du coup associé à des mouvements radicaux, ou du moins plus radicaux qu'il ne l'était lui-même. Alors qu'il qui avait été considéré pendant longtemps comme un grand représentant des régions sur la scène musicale montréalaise. Desjardins devint, au début des années 2000, la bête noire de plusieurs habitants de ces petites villes québécoises qui survivent grâce à l'exploitation de la forêt. À force d'être attaqué et de devoir se défendre, Desjardins durcit le ton, son propos gagna en lourdeur et perdit en nuance, il fut moins écouté.
Aujourd'hui, Desjardins n'est plus vraiment un artiste populaire (grand public), mais il a conservé un nombre important de « fidèles », dont je fais partie.
Son travail le plus achevé, son chef d'oeuvre est sans doute la chanson « Les Yankees ». Beaucoup disent que tout Desjardins est dans cette chanson.
Pour ma part, ma chanson préférée est « Nataq » et j'aimerais vous en donner le contexte.
Desjardins s'est intéressé aux spéculations des historiens concernant le détroit de Behring: certains disent que les premières peuplades à traverser ont pu le faire à pied sec, d'autres affirment qu'il y avait déjà un cours d'eau et qu'il fut nécessaire de construire une embarcation. Desjardins s'est demandé ce qui aurait bien pousser une tribu primitive à s'aventurer sur une mer inconnue. Il imagine comment cette décision aurait pu être prise par une femme dans les douleurs de l'enfantement. « Nataq » est la prière qu'elle adresse au père de son enfant.
Ce qui me fascine dans cette chanson, c'est la façon dont Desjardins fait cohabiter sensualité et révolte, discours amoureux et constat d'une déroute collective.
Vous avec le droit de ne pas aimer. Mais vous devez écouter, ne serait-ce qu'une fois.
Mâ
P.S.: Desjardins emprunte parfois à des poètes québécois ou canadiens (Patrice Desbiens entre autres) à qui il rend hommage. Donc tout n'est pas de lui dans les textes des chansons et des monologues, mais il aurait été trop laborieux pour moi de vous donner les références.
Richard Desjardins est un parolier, un compositeur, un musicien (pianiste surtout) et un conteur.
Richard Desjardins chante, mais ce n'est pas un chanteur. Sa voix rauque et nasillarde en rébute plus d'un.
Ça et son accent qu'il laisse parfois se déployer jusqu'à rendre certaines chansons hermétiques. Je ne sais pas si vous comprendrez quelque chose aux chansons « Le bon gars » et « Boomtown café », mais elles vous donneront une idée de jusqu'où on peut aller dans le québécisme. Je vous invite à consulter l'internet (« Desjardins » + « lyrics »), pour ces deux chansons mais aussi pour les autres: de pouvoir lire les mots devrait, je l'espère, faciliter votre compréhension des textes.
Desjardins ne connut pas un succès immédiat. Son album « Les derniers humains », où il est question, entre autres, du destin des peuples autochtones d'Amérique, passe presque inaperçu en 1988. Mais en 1990, l'album « Tu m'aimes-tu », composé principalement de chansons d'amour, lui vaut la reconnaissance du milieu artistique et du grand public. On rédécouvre alors les chansons antérieures à contenu politique.
Ce que je veux souligner ici, c'est que les prises de positions de Desjardins face à l'épineuse question du traitement accordé aux amérindiens et à l'environnement (au Québec, ces deux causes se retrouvent très souvent liées) ne furent « entendues » du public qu'après qu'il l'eut charmé de ses mots. Pendant les années 90, le public accepta que Desjardins aborde les sujets les plus sensibles, parce qu'il le faisait en poète.
Les choses se gâtèrent lorsqu'en 1999 Desjardins délaissa le ton du poète pour réaliser un documentaire sur les coupes à blanc (les coupes massives des forêts en région). « L'erreur boérale » suscita une vive polémique. L'intention de Desjardins fut, je le crois, peu ou mal comprise. L'artiste voulait attirer l'attention sur le fait que si les industries (américaines) épuisent la ressource, ce sont les ouvriers québécois qui se retrouveront, dans une génération ou deux, sans emploi. Mais plusieurs crurent qu'il voulait faire fermer ces industries, peut-être dans le but de rendre les terres aux autochtones. Cette interprétation erronée (ou du moins excessive) fut encouragée par les dirigeants de ces industries et certaines instances gouvernementales. Des environnementalistes se portèrent à la défense de Desjardins, ce qui ne l'aide pas vraiment, puisqu'il se trouva du coup associé à des mouvements radicaux, ou du moins plus radicaux qu'il ne l'était lui-même. Alors qu'il qui avait été considéré pendant longtemps comme un grand représentant des régions sur la scène musicale montréalaise. Desjardins devint, au début des années 2000, la bête noire de plusieurs habitants de ces petites villes québécoises qui survivent grâce à l'exploitation de la forêt. À force d'être attaqué et de devoir se défendre, Desjardins durcit le ton, son propos gagna en lourdeur et perdit en nuance, il fut moins écouté.
Aujourd'hui, Desjardins n'est plus vraiment un artiste populaire (grand public), mais il a conservé un nombre important de « fidèles », dont je fais partie.
Son travail le plus achevé, son chef d'oeuvre est sans doute la chanson « Les Yankees ». Beaucoup disent que tout Desjardins est dans cette chanson.
Pour ma part, ma chanson préférée est « Nataq » et j'aimerais vous en donner le contexte.
Desjardins s'est intéressé aux spéculations des historiens concernant le détroit de Behring: certains disent que les premières peuplades à traverser ont pu le faire à pied sec, d'autres affirment qu'il y avait déjà un cours d'eau et qu'il fut nécessaire de construire une embarcation. Desjardins s'est demandé ce qui aurait bien pousser une tribu primitive à s'aventurer sur une mer inconnue. Il imagine comment cette décision aurait pu être prise par une femme dans les douleurs de l'enfantement. « Nataq » est la prière qu'elle adresse au père de son enfant.
Ce qui me fascine dans cette chanson, c'est la façon dont Desjardins fait cohabiter sensualité et révolte, discours amoureux et constat d'une déroute collective.
Vous avec le droit de ne pas aimer. Mais vous devez écouter, ne serait-ce qu'une fois.
Mâ
P.S.: Desjardins emprunte parfois à des poètes québécois ou canadiens (Patrice Desbiens entre autres) à qui il rend hommage. Donc tout n'est pas de lui dans les textes des chansons et des monologues, mais il aurait été trop laborieux pour moi de vous donner les références.
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