jeudi 14 janvier 2010

Le jour D

Je me souviens du jour où je suis allée porter mon mémoire de maîtrise au département. C'était le mois d'août, il faisait un temps superbe. Nous nous sommes séparés, mon amoureux de l'époque et moi, précisément ce jour-là. La peine d'amour a tout absorbé et, de cette délivrance, je n'ai rien vécue.

Il est vrai que je n'ai jamais eu de chance avec les grands jours. Le bal des finissants, la remise de la médaille du Gouverneur et la première de mon spectacle solo figurent, dans le bilan de mon existence, parmi les jours les plus chargés en événements douloureux.

Je m'étais promis que, pour le dépôt de la thèse, ce serait différent, que toute cette semaine ne serait que joie et célébration, mais les nouvelles qui me sont parvenues, un peu à chaque jour, ont inhibé toute démonstration d'allégresse.

Et je pense que je ne pourrai vraiment me sentir soulagée, à l'issue de ce long travail, que lorsque tous les morts seront morts. Je veux dire... lorsque le temps ne se comptera plus en heures, en minutes, lorsque le temps ne comptera plus.

C'est la pensée qu'il y a des gens encore pris, des gens qui s'accrochent encore, qui vivent chacune de ces minutes sous leur maison, leur école, et qui pourtant ne s'en sortiront pas. Des gens qui attendent, qui appellent, qui espèrent. Pendant que je. Pendant que je.

Comme toujours, c'est la perception de la durée de la mort qui me plonge dans un autre rapport au temps, qui fait de moins une obsessionnelle comptant les secondes.

C'est la mort lente qui m'empêche de chanter, plus encore que les victimes foudroyées, mortes sur le coup.

La peur d'avoir le temps de voir venir, pour soi et pour les siens, avoir le temps de vivre sa mort., seconde par seconde. On ne devrait pas avoir à vivre sa mort. En plus du reste, je veux dire.


***

J'ai fini la rédaction de la thèse.
C'est une bonne nouvelle.
Ça veut dire que je vais pouvoir écrire autre chose.

Ce que je fais, déjà.

***

Euh... hourra.

***

R. ne supporte plus de me voir triste. Il déconne.

Félicitations Mademoiselle Morache : c'est une thèse !
92 livres et toutes ses pages.
« Nous l'appelerons Greta ! »

1 commentaire:

  1. Je me réjouis pour toi. Ce qui semblait être devenu un véritable calvaire est maintenant derrière toi. Chapeau et bonne continuation comme certains de mes profs universitaires avaient la fatiguante manie d'écrire sur mes travaux.

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