mercredi 9 décembre 2009

Proust avant l'heure

Lisez-vous les préfaces ? Si oui, avant ou après avoir lu le livre ?

Lisez-vous les notes sur le texte, c'est-à-dire le paragraphe (qui devient parfois quelques pages) où traducteurs et correcteurs justifient leur travail ? Je saute habituellement cette partie, les détails de l'édition excitant peu ma curiosité.

C'était avant que je ne passe des mois à revoir les détails d'un document de près de quatre cents pages, avant que je ne passe des heures à remplacer des apostrophes et des espaces insécables, avant que je ne me retrouve quotidiennement devant une multitude de petits choix, de décisions à prendre, formelles, sémantiques, logistiques...

J'ai lu les notes sur le texte d' À la recherche du temps perdu avec attention et enthousiasme, succombant par moments à une hilarité quasi hystérique, qui eut tôt fait d'éveiller l'homme fourbu. Comparé aux dilemmes auxquels ces éditeurs se confrontent, lorsqu'ils abordent les écrits de Proust corrigés pendant sa maladie et après sa mort par des mains étrangères parfois mal avisées, la correction de la thèse semble un jeu d'enfant.

Messieurs Pierre Clarac et André Ferré nous expliquent avoir préféré laisser certaines incohérences, plutôt que de choisir entre deux possibilités sans savoir laquelle aurait été finalement retenue par l'auteur (s'il avait eu le temps de revoir les épreuves avant de mourir).

Le lecteur ne doit donc pas se surprendre que tel personnage apparaisse d'abord comme la fille d'un autre, puis comme sa nièce, puis à nouveau comme sa fille. Il ne doit pas s'étonner que lors d'une réception, on donne des nouvelles fraiches d'un personnage que d'aucuns auront déclaré mort depuis longtemps. Surtout, il ne doit pas être choquer par le fait qu'en tout trois personnages dans À la recherche du temps perdu meurent à deux reprises...

Pour quelqu'un qui passe ses journées à l'affût de la moindre irrégularité, de la moindre redite, du moindre non-sens, il est rassurant, et même réjouissant de constater que pareil chef-d'oeuvre puisse contenir autant de « à revoir ».

***

Proust, ce devait être la récompense.
Pour la soutenance, sinon pour le dépôt.

Proust en Pléiade. Très prout.
C'était l'idée.

La semaine dernière, j'ai parlé de ce projet, de cette gageure.
Lundi midi, les trois volumes étaient sur mon bureau:
joyeux 7 décembre !

***

L'homme se doit de combler tous mes désirs,
à outrance et dans l'urgence.

C'est son seul véritable vice.

Il doit colmater les brèches, pallier au manque, boucher les trous,
il doit remplir jusqu'à ce que cela déborde, il doit gaver.

L'homme répond à mes attentes avant qu'elles ne soient dignes de porter ce nom, avant que je n'ai pu m'investir dans une demande, il me satisfait immédiatement, au risque de ne plus laisser au désir son espace, son temps, au risque de couper l'air à la désirante.

***

Le désir se reprendra

Tant pis pour les rituels et la symbolique.
Tant pis pour le bâton et la carotte.
Je ne manque pas de motivation pour aboutir.
Je trouverai une autre façon de me récompenser.

Quand on reçoit Proust en Pléiade, on dit merci et c'est tout.

Peu importe la date, peu importe que l'on ne soit pas préparé,
qu'on ait les cheveux sales et la vieille robe de chambre
peu importe que ce ne soit pas LE moment
c'est Proust en Pléiade, c'est prout, c'est énorme
c'est lui tout craché, l'homme, le géant.


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