vendredi 5 mars 2021

Au chaud dans la peau de bébé

Presque deux ans après l'accouchement, il faut se résigner : ces hanches sont là pour rester. Deux hivers que je m'astine à mettre des manteaux qui ne ferment pas. Avec un gros foulard, je vais être correct, hein? Non. Il a fait plus frett que mon orgueil ces dernières semaines. Et j'ai finalement eu une pause diner sans enfant, sans corrections et sans symptômes, alors je me suis garrochée dans un magasin que je connaissais pas, proche de la maison, qui annonçait des ventes. 

La couleur allait, la taille allait (ça ferme!) et le prix... hischhh c'était cher, mais je voulais avoir chaud là là, et je ne m'étais pas fait de cadeau pour ma permanence. Faque big bang c'était réglé : une heure pour acheter un manteau d'hiver, en comptant l'aller-retour. Môman était ben fière de sa shot...

Le lendemain, je vante mon exploit à une copine: même pas eu besoin de magasiner! Je cherche sur internet une photo du manteau pour lui montrer, je tombe sur une description du produit. LAMB. Agneau. Ils ont tué des agneaux pour faire mon beau manteau. Pis le puff de poils dans le cou là, ben c'est un raton laveur, mort pour que ce soit doux. Asti. 

Asti d'innocente de maman pressée trop fatiguée pour faire des recherches. Asti de nounoune qui n'a pas pris le temps de lire les étiquettes pis qui était juste excitée par sa première sortie dans le monde depuis des mois. 

Je ne sais pas pourquoi mais je me serais attendue à ce qu'il y ait une affiche, un signe, quelque chose d'évident, qu'on ne peut pas manquer. Je me serais attendue à ce que ce soit dans un magasin spécial ou dans une section à part. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit là là, sur mon chemin, disponible. 

Il faut dire que je n'avais jamais eu à me poser la question. La dernière fois que je me suis achetée un manteau d'hiver, c'était en 2008, avec mon tout premier salaire d'enseignante. Autre temps, autre budget, autre quartier, autre magasin aussi: il n'y avait rien à craindre de mon casque de poils acheté à l'Aubainerie, je n'avais pas non plus regardé l'étiquette des mitaines «en minou rose» de chez Ardène. Cheap est sans danger. 

Astheure que mon cul exige des magasins de madame pis que j'ai les moyens de faire du mal, va falloir être prudente. 

***

C'est plus difficile, depuis que les enfants sont là. J'aurais cru que ce serait plus facile de faire le bien, à cause de la présence du futur, mais c'est le contraire. La conscientisation, l'engagement politique, la vigilance, ça demande du temps, du temps et tellement d'énergie.

Avant d'être parent, je pouvais passer une heure à faire l'épicerie parce que je lisais tous les emballages, dans ma guerre sans merci à l'huile de palme. Maintenant, je lance dans le panier tout ce qui se prépare vite et ne cause pas de crise majeure. Avant, je me plaignais de ne pas avoir de pouvoir d'achat assez pour avoir un pouvoir de boycott. Maintenant, j'abandonne les couches lavables après une semaine. Avant, je n'utilisais pas de voiture, avant, je mangeais du tofu et du beurre vegan, avant, j'allais dans les manifs... Maintenant, je plogue la petite sur un écran pour avoir la chance de faire caca toute seule. 

Maintenant, je paie un supplément pour que mon enfant fasse plus d'activités dans une «meilleure» garderie, sachant bien que d'autres parents du quartier n'ont pas l'extra en poche, sachant que je préserve le précédent, que je normalise la taxe.

Ce n'est pas la même chose, vouloir le meilleur pour son enfant et vouloir pour elle un monde meilleur. Ce n'est pas la même chose, lui donner le meilleur et rendre son monde meilleur, même si ça va ensemble, même si on aurait pu s'attendre à ce que ça aille de soi, à présent. 

Maintenant qu'elle est là, le monde peut attendre. 

Je ne me rends pas tous les jours à l'éthique, sur la to-do list. Et je n'ai plus le temps de lire... 

Quand le bébé dormira mieux, que je me dis, que je me répète depuis deux ans, quand je retrouverai mes forces, alors maman pourra être une bonne personne, celle qu'elle était avant d'être maman. On fermera la télé, on ira planter des arbres, un jour, comme avant, demain. 

Je suis fatiguée. 



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