J'ai connu un garçon qui, de profil, avait l'air d'une vedette de cinéma, et de face, d'un poisson-marteau.
Au début de la session, les filles assises sur la même rangée ne pouvaient s'empêcher de le regarder du coin de l'oeil, pendant le premier cours du moins, jusqu'à la pause, la déception.
Je le plaignais un peu en me disant que son miroir devait lui renvoyer le visage du poisson, et non cette beauté frappante qui émanait de lui dès qu'il détournait la tête.
J'ai beaucoup de chance de connaître le phénomène inverse.
Le miroir me saisit sous mon meilleur angle.
Le nez trop grand, la chevelure clairsemée, la nuque crochie par la tension, rien de cela n'apparaît dans le reflet quotidien.
Et comme plus personne, heureusement, ne me prend en photo, il y a longtemps que je n'ai été forcée de voir ce dont j'ai l'air de côté, de dos.
Si je ferme les yeux et recompose mon visage, nécessairement je me vois de face. Je ne vois que l'image retouchée, c'est-à-dire limitée aux grands yeux, aux lèvres pulpeuses, au nez étroit, aux cheveux longs.
Tous les matins, je retrouve l'image faussée et rassurante.
Mon camarade de classe devait se penser moins beau qu'il ne l'était. Sans doute que je me pense plus belle que je ne le suis.
Ça expliquerait beaucoup de choses...
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