samedi 4 mai 2013

Temps dur


De même que toute expérience n'est pas bonne à vivre, la souffrance ne fait pas grandir. 

On aimerait que ce soit le cas. Tout comme on aime croire que rien n'arrive pour rien, que nos pas nous mènent vers notre destin, ou qu'il y a une vie après la mort. Par besoin de mettre du sens partout, de saturer l'existence d'une signification. 

La souffrance ne nous apprend pas nécessairement quelque chose de bien. Elle peut même nous faire désapprendre. 

À s'ouvrir aux autres, à s'abandonner, à se donner. 
Et à s'oublier un peu. 

La souffrance ne nous rend pas plus forts. Elle nous rend plus durs. Elle peut nous assécher l'intérieur, nous rendre mesquins, paranos, petits. 

Barricadés. 

C'est un tel travail de ne pas recevoir la leçon de la souffrance, de rester sourd à son appel, à cette envie de retranchement, de repli, cette tentation de se couper du monde et de se retirer dans sa caverne aux murs capitonnés, de se protéger de la blessure de l'autre par un égo surcompensé.

J'ai travaillé fort toutes ces années pour ne pas grandir dans l'adversité.

Car j'ai toujours eu peur de devenir quelqu'un qui avait «trop souffert». Un de ces êtres dont on dit: il faut le comprendre, lui pardonner, l'excuser...

La vie peut continuer de fesser: je refuse d'apprendre.

3 commentaires:

  1. Tout à fait juste. Et si tu réussis après tant de résistance et de refus de «grandir par la souffrance» à garder ton optimisme et ton enthousiasme vital, chapeau ! Mais je n'ai jamais rencontré aucun être vivant qui ne se laisse pas prendre pas les sirènes de la souffrance émotive. Seule amélioration avec le temps: je suis devenue plus élégant, raffiné et souple lors de mes ruptures. L'art de la rupture sophistiquée ? Pourquoi pas.

    RépondreEffacer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreEffacer
  3. Le raffinement, je ne connais pas. Par contre la souplesse, oui, il me semble essentiel de la cultiver. Garder le centre mou comme un fruit.

    RépondreEffacer