dimanche 24 juin 2012

Sous le livre

dans les sous-sol de la maison que je garde cette semaine
au milieu du corridor
sur le tapis
il y a un livre

gros, poussiéreux, une encyclopédie
désuete

trois jours qu'il est là
que je le contourne

c'était un insecte incroyable
une chenille croisée avec un mille-pattes croisé avec un oursin
avec des antennes d'écrevisse

deux pouces de long
ok deux pouces avec les antennes
ok mettons un pouce et demi
mais poilu là

le genre d'affaire qui aurait pu se retrouver dans le tunnel
du temple maudit dans le deuxième Indiana Jones

j'ai fait le saut

la façon dont ça bougeait
dont il bougeait (respect)

la tête comme le cul
la queue comme le nez
défiguré

j'ai fait un gros saut

j'ai crié et j'ai lancé le livre

fort

***

je ne tue pas facilement
même les maringouins qui viennent de me piquer
même pour les mouches noires j'ai parfois une seconde d'hésitation
faut pas que je les regarde trop longtemps

je ne tue pas les insectes qui ne piquent pas
je fais les simagrées avec les verres, les feuilles de papier sous les pots
la porte du balcon qu'on ouvre avec les orteils
et là je ne sais pas ce qui m'a pris

c'était trop laid
trop nouveau
trop
différent

j'ai eu peur

je ne voulais pas qu'il me touche
je voulais que ça reste loin de moi

depuis quand est-ce que je rejette l'inconnu comme ça
depuis quand je tue la différence

***

comme si je ne pouvais pas en prendre plus
de défamiliarisation, de déstabilisation
de nouveau défi

16 mois à m'inventer
à ne jamais pouvoir prendre des habitudes
m'encroûter, me faire une écorce

dans un nouvel emploi qui ne ressemble à aucune des moi
on me change constamment d'équipe
pour patcher les trous

d'une semaine à l'autre je ne sais quand, qui, combien
et si ce sera assez

les hommes changent avec la couleur du ciel

d'un jour à l'autre je ne sais quand, qui, combien
et si ce sera assez
 
j'ai tué un insecte parce qu'il était laid
et maintenant je n'arrive plus à soulever le livre

comme si j'allais trouver dessous ma propre laideur

j'ai cru que ça allait me sauter dessus
une autre mauvaise surprise
plus d'inédit

j'ai tué
sans hésiter

depuis quand est-ce que je panique comme ça

suis-je en alerte tout le temps
depuis tout ce temps
est-ce que ce serait pour ça que je suis si facile
à épuiser

pour ça que je me jette sur la moindre touche de beauté
de confort et de sécurité

à la recherche d'une odeur familière

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