dimanche 1 juillet 2012

Le fourgon

J'étais une prisonnière que l'on transférait d'un endroit à un autre. Les policiers avaient reçu des instructions, dont celle de ne me détacher sous aucun prétexte, mais l'un d'eux acceptait de changer régulièrement le point d'attache de la chaîne afin que mes mains suspendues ne deviennent pas trop engourdies.

J'étais fébrile car je savais que le fourgon allait passer près de la mer, que pendant quelques secondes la mer allait être visible par la fenêtre du fourgon. Je n'avais pas vu la mer depuis des années et je ne savais pas si j'allais la revoir à nouveau, après. Je demandais au policier qui avait eu la bonté de déplacer la chaîne si cela allait être possible de ne pas passer trop vite pour étirer les secondes de bleu. 

Je ne sais s'ils ont ralenti ou non, mais les secondes ont été longues et délicieuses. Jamais la mer n'avait été si belle, si brillante, si vivante dans son mouvement d'étincelles. Dans le cadre de la fenêtre, un autre cadre plus petit apparaissait puis la mer se rapprochait, puis un autre cadre dans le cadre, puis la mer encore plus proche, comme si je croppais une photo. Un effet de zoom comme si j'allais rentrer dans l'image, dans la couleur hallucinée, en relief, trop réelle pour un rêve. 

Alors que j'allais embrasser le bleu liquide coulant de la toile si proche, un policier répondit à l'autre: non, on ne peut pas arrêter une minute, sinon elle va essayer de se jeter à la mer, comme la dernière fois.


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