dimanche 27 février 2011

La mariée dans la boue

il pleuvait depuis des heures, des jours.
toute une semaine de ciel gris quand soudain
une lumière superbe et des morceaux de bleu

sur le site météo-paris l'avis était clair
cette percée ne sera que de courte durée
et d'ailleurs le soleil était sur le point de se coucher

vite j'ai sauté dans mes bottes
que je pensais avoir apportées pour rien
et me suis ruée au parc à temps pour voir les arbres faire des ombres

les pelouses étaient saturées d'eau
et les sentiers comme du chocolat fondu

la terre retenait mes pas en laissant échapper
ces bruits sensuels qui font rire les enfants
je ne lui résistais pas, laissant mes bottes s'enfoncer

quand j'ai vu au milieu du parc une mariée

elle avançait dans la boue dans sa robe immaculée
trois hommes l'entouraient et tenaient les extrémités
de cette blancheur

elle avait dû passer la journée à espérer que les nuages se vident
que le vent les emporte ne serait-ce qu'une heure
elle profitait de cette fenêtre ouverte dans le ciel
juste avant que ne tombe la nuit

elle était une tache blanche entre des arbres immenses

le photographe s'était reculé
un des hommes se tenait en retrait et l'autre à côté de celle
qu'il avait choisie

il est rare que les mariées me réchauffent le coeur
surtout celles en meringue

c'est peut-être parce qu'elle était presque seule
avec le marié, le photographe, et celui qui avait aidé
sans la foule, sans la noce, sans vulgarité

c'est peut-être parce qu'elle avait choisi cet endroit

et qu'elle n'avait pas eu peur de se mouiller

***

j'ai souvent dit que si un jour je ressentais le désir de me marier
je n'aurais pas besoin de prêtre, de robe ou de noce
mais seulement de la mer tout près

je pense maintenant qu'un de ces arbres centenaires
ferait aussi l'affaire

il s'agit après tout de prêter serment devant l'éternel

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