il pleuvait depuis des heures, des jours.
toute une semaine de ciel gris quand soudain
une lumière superbe et des morceaux de bleu
sur le site météo-paris l'avis était clair
cette percée ne sera que de courte durée
et d'ailleurs le soleil était sur le point de se coucher
vite j'ai sauté dans mes bottes
que je pensais avoir apportées pour rien
et me suis ruée au parc à temps pour voir les arbres faire des ombres
les pelouses étaient saturées d'eau
et les sentiers comme du chocolat fondu
la terre retenait mes pas en laissant échapper
ces bruits sensuels qui font rire les enfants
je ne lui résistais pas, laissant mes bottes s'enfoncer
quand j'ai vu au milieu du parc une mariée
elle avançait dans la boue dans sa robe immaculée
trois hommes l'entouraient et tenaient les extrémités
de cette blancheur
elle avait dû passer la journée à espérer que les nuages se vident
que le vent les emporte ne serait-ce qu'une heure
elle profitait de cette fenêtre ouverte dans le ciel
juste avant que ne tombe la nuit
elle était une tache blanche entre des arbres immenses
le photographe s'était reculé
un des hommes se tenait en retrait et l'autre à côté de celle
qu'il avait choisie
il est rare que les mariées me réchauffent le coeur
surtout celles en meringue
c'est peut-être parce qu'elle était presque seule
avec le marié, le photographe, et celui qui avait aidé
sans la foule, sans la noce, sans vulgarité
c'est peut-être parce qu'elle avait choisi cet endroit
et qu'elle n'avait pas eu peur de se mouiller
***
j'ai souvent dit que si un jour je ressentais le désir de me marier
je n'aurais pas besoin de prêtre, de robe ou de noce
mais seulement de la mer tout près
je pense maintenant qu'un de ces arbres centenaires
ferait aussi l'affaire
il s'agit après tout de prêter serment devant l'éternel
Migration
Il y a 13 ans
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