Je suis couchée sur le dos, la jaquette bleue descendue jusqu'à la taille, pendant que le médecin passe sa sonde sur mes seins et sous mes aisselles. La mammographie n'était pas concluante parce que mes seins sont « trop denses ». Alors j'ai passé une échographie.J'ai demandé au médecin ce que ça voulait dire, des seins trop denses. Il m'a répondu: « Madame, vous avez des seins de nourrice ! »
Des seins de nourrice, moi ? Moi qui ai toujours été plate, qui me suis toujours rêvée pulpeuse, plantureuse ?
C'est une question de glandes mammaires. Y paraît. J'en ai en quantité, alors même si j'ai des petits seins, ils donneront beaucoup de lait. «Assez pour nourrir une armée » a renchéri le médecin.
J'ai un peu honte du plaisir que m'a apporté cette nouvelle. Une sensation de richesse, de prospérité, de puissance même. Terre fertile, terre riche et généreuse. J'avais envie de lever les bras au ciel dans un signe de victoire, de fierté.
J'en ai honte, car ce sentiment de fierté m'apparaît comme l'envers de la culpabilité qui frappe les femmes qui manquent de lait.
Les glandes ne vont pas au mérite.
Je ne suis pas une meilleure femme parce que j'ai des seins « de nourrice ». Ça ne fera pas de moi une meilleure mère.
Pourtant, je ne veux pas renoncer complètement au sentiment d'allégresse qui a suivi ce premier constat du médecin, je veux m'y accrocher, repasser dans ma tête ce moment en savourant chaque parcelle de cette sensation de plénitude, car cette plénitude vient avec un prix.
Les femmes aux seins denses ont plus de chances de développer un cancer du sein. C'est ce que m'a dit le médecin, comme désolé de faire disparaître le sourire qu'il venait de voir s'épanouir sur mon visage.
C'est logique: un nombre élevé de glandes mammaires multiplie le risque de tumeur.
C'est vraiment une belle saloperie ce truc.
Des seins de nourrice. Riches, pleins, volupteux. Des seins qui se gorgeront de lait pour mes enfants. Des seins débordant de vie à donner. Des seins qui peuvent tuer. Me tuer.
Il paraît que la grossesse peut servir de catalyseur à la tumeur, qu'elle peut nourrir le cancer, lui préparer le terrain.
Le médecin recommande une échographie par année pour mes seins trop pleins de fille d'une mère tuée par ses seins superbes, foudroyée par cette chair de douceur qui avait tout donné.
Une belle saloperie.
Je les veux ces enfants. Je les veux ces seins mongolfières liquides. Je me veux baleine, maison de graisse chaude. Terre fertile.
Et je veux survivre à mon désir.
C'est une question de glandes mammaires. Y paraît. J'en ai en quantité, alors même si j'ai des petits seins, ils donneront beaucoup de lait. «Assez pour nourrir une armée » a renchéri le médecin.
J'ai un peu honte du plaisir que m'a apporté cette nouvelle. Une sensation de richesse, de prospérité, de puissance même. Terre fertile, terre riche et généreuse. J'avais envie de lever les bras au ciel dans un signe de victoire, de fierté.
J'en ai honte, car ce sentiment de fierté m'apparaît comme l'envers de la culpabilité qui frappe les femmes qui manquent de lait.
Les glandes ne vont pas au mérite.
Je ne suis pas une meilleure femme parce que j'ai des seins « de nourrice ». Ça ne fera pas de moi une meilleure mère.
Pourtant, je ne veux pas renoncer complètement au sentiment d'allégresse qui a suivi ce premier constat du médecin, je veux m'y accrocher, repasser dans ma tête ce moment en savourant chaque parcelle de cette sensation de plénitude, car cette plénitude vient avec un prix.
Les femmes aux seins denses ont plus de chances de développer un cancer du sein. C'est ce que m'a dit le médecin, comme désolé de faire disparaître le sourire qu'il venait de voir s'épanouir sur mon visage.
C'est logique: un nombre élevé de glandes mammaires multiplie le risque de tumeur.
C'est vraiment une belle saloperie ce truc.
Des seins de nourrice. Riches, pleins, volupteux. Des seins qui se gorgeront de lait pour mes enfants. Des seins débordant de vie à donner. Des seins qui peuvent tuer. Me tuer.
Il paraît que la grossesse peut servir de catalyseur à la tumeur, qu'elle peut nourrir le cancer, lui préparer le terrain.
Le médecin recommande une échographie par année pour mes seins trop pleins de fille d'une mère tuée par ses seins superbes, foudroyée par cette chair de douceur qui avait tout donné.
Une belle saloperie.
Je les veux ces enfants. Je les veux ces seins mongolfières liquides. Je me veux baleine, maison de graisse chaude. Terre fertile.
Et je veux survivre à mon désir.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire