samedi 27 novembre 2010

Post-soutenance

Wow.

C'est fait. À peu près tout ce qu'il y avait sur la liste pour 2010. Le colloque, la soutenance, l'article. Reste seulement à préparer la suite du postdoc, le printemps 2011 à Paris.

Je suis soulagée.

Oui.

Bon. Je n'ai pas grand chose à dire de ce soulagement.

Le bonheur me fait fuir l'ordinateur. Je sais, c'est injuste pour vous qui n'entendez parler de moi que dans les pires moments.

***

Il faudrait quand même parler un peu de ces journées folles où j'ai présenté une nouvelle communication à un colloque, rencontré les gens du postdoc pour parler d'un projet, puis soutenu ma thèse de doctorat. Tout ça du jeudi au lundi: cinq jours, quatre nuits. Il faudrait parler de l'absence de sommeil, de la panique à l'avant-dernière nuit, puis de cette sérénité trouvée la nuit juste avant la soutenance, vers 3ham, quand j'ai su que je pouvais «le» faire.

Il faudrait parler de la solitude qui m'était nécessaire juste avant l'épreuve. Impossible de me regarder avec les yeux de l'amour, impossible de recevoir l'inquiétude des autres, les attentes des autres. Il fallait me retirer dans cette sécheresse intellectuelle où je peux tenir seule et répondre en mon nom.

Je m'étonne toujours de la capacité de mon corps à m'accompagner au-delà de ses limites. Que la voix sorte quand même, à peine enrouée, que les mains tremblent à peine et tournent les pages sans les échapper. Et ce sourire. Ce sourire malgré la morsure de la peur, à l'épaule droite.

Je souris et je ne sais plus ce qui est faux, ce qui est vrai, je sais seulement que je cours. Je suis en train de courir, assise derrière la table du candidat. Je cours de toutes mes forces pour accomplir chaque geste, chaque mot, et c'est parce que je cours que, de l'extérieur, le geste et le mot s'enchaînent à un rythme « normal ».

Des gens applaudissent pendant que je ramasse mes feuilles. Ma première pensée est que je dois vite me rendre aux toilettes.

La deuxième est que j'ai mal aux pieds, les talons hauts.

***

Je viens de retrouver le premier courriel écrit après la soutenance. C'était la nuit. d'après J'avais dormi cinq heures, ce qui correspondait à beaucoup cette semaine-là. Je me baladais dans l'appartement, très éveillée, mais émotionnellement vidée. Comme neutre. Par la fenêtre, je pouvais voir la rue déserte.

J'ai répondu à un courriel d'une collègue qui me demandait des nouvelles:


Il est 5ham, je suis levée depuis deux heures, et en pleine forme, car j'ai dormi cinq heures en ligne, donc plus que les deux dernières nuits.

Sinon, comment je me sens ?

Hum...

Il paraît que la soutenance a duré 2h30 (avant délibération), et c'est à peine si je me souviens d'une dizaine de minutes. Et ces minutes concernent les juges, les évaluateurs, leurs visages, des hochements de têtes, des piles de feuilles devant moi, un trombone, puis deux trombones dans mes mains, d'où vient-il celui-là? C'est à peu près tout.

Je n'arrive pas à me voir dans l'image. Je n'arrive pas à me situer dans le souvenir que je garde de cette journée. Quand tout le monde me regardait, moi je regardais les juges et mes notes, alors je ne me suis pas «vue». Mes proches parlent de l'événement comme de quelque chose que j'aurais accompli, mais pour moi ça reste flou, fuyant. Ah c'est vrai, j'étais là...


Je pense aussi que je dois digérer l'impression bizarre de voir dans la même pièce mon père et ma chum de beuverie, mon chum et mes ex, de vagues collègues et une amie d'enfance, et de les entendre discuter tous en choeur du point qui les relie : moi. ...trop d'attention.

Au moment du vin et des pretzels, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que ces mêmes gens qui ne se connaissent pas entre eux auraient pu tout aussi bien être réunis pour mon enterrement. Mon esprit surchargé d'émotions fortes avait sans doute besoin d'une petite pensée macabre pour se détendre...

***

Les jours ont pensé. Je dors un peu mieux maintenant. Je n'arrive pas encore à songer à ce jour comme à un jour heureux. Mais il est heureux qu'il soit passé.

J'ai écris les jours ont pensé ?

En effet, j'ai eu beaucoup de temps pour penser ces derniers jours. On s'en reparle...

(On?)

1 commentaire:

  1. Des nouvelles enfin. Bonnes de surcroît. Bravo pour ton jour effacé de ton disque dur. Peut-être te reviendra-t-il un jour sous hypnose. :)

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