Mahigan Lepage a publié un livre sur internet. C'est sur ce site publie.net que cela se passe, que cette publication a lieu. Le sous-titre du site est très clair: le contemporain s'écrit numérique.
Je trouve ce procédé génial. Partout dans le monde quelqu'un peut télécharger ce livre. L'édition ne connaît plus de frontière. Même plus besoin de se déplacer dans une librairie et d'attendre patiemment qu'un employé se libère : le livre se déplace tout seul, il apparaît dans votre foyer, via l'ordinateur.
(Je sais, je sais, il y avait déjà Amazon et ses livraisons parfois rapides, mais j'ai eu des tas de problèmes avec Amazon.)
Bref, je trouve ce procédé génial, très audacieux, très 2010, très multi-média, très fusion, très trans, très altermondialiste aussi, avec l'économie de papier, très anti-censure, très tout ce qu'il y a de souhaitable pour un monde meilleur.
Mais je n'ai pas téléchargé le bouquin.
Pourtant je veux lire Vers l'Ouest.
En cet assombrissement neuronal de fin de fin de thèse, la prose de Mahigan est une des seules que j'endure, qui soulage un peu « la migraine des mots ».
Mais voilà : je veux mon papier ! Je veux mes pages à tourner, et mes marges où écrire, je veux l'odeur du livre neuf d'abord, puis je veux l'usure, les taches de café, mes coins écornés. Je ne veux pas qu'un texte, je veux l'objet livre.
Je ne veux pas que mon ordinateur contienne l'oeuvre sous forme de ko ou de mb, et je ne veux surtout pas lire ce texte sur mon écran d'ordinateur (qui m'éblouit les yeux déjà bien assez, entre 8h et 14h par jour).
Oui je pourrais le faire photocopier. Mais alors, une fois lu, ce livre irait rejoindre les boîtes de photocopies de textes (en majorité, des articles théoriques), il irait se perdre dans l'amas de feuilles brochés. Il ne pourrait figurer dans une des bibliothèques, se faire facilement repérer par le titre sur sa tranche, se faire emprunter par des amis, circuler...
Dinosaure abrutie... le livre n'a pas besoin de passer de main en main pour circuler, il sur l'internet ! Il suffit de donner l'adresse URL aux amis et collègues. Le livre n'a pas à avoir de couverture reconnaissable, il a une page Web !
C'est un autre monde. Et ma nostalgie est réactionnaire.
J'ai continué d'écrire des lettres à la main des années après la popularisation des courriels. Je ne me souviens plus quand j'ai cessé d'acheter des enveloppes. Je ne me souviens plus comment j'ai cessé d'écrire des lettres manuscrites, je sais seulement que cela s'est fait.
Dans quelques années peut-être, je téléchargerai des livres, sans même y penser.
Mais en attendant, je ne peux m'empêcher d'espérer que cela ne soit qu'une mode passagère, que Mahigan deviendra un écrivain célèbre et qu'alors, nécessairement, Vers l'Ouest sera publié sur papier; ce qui prouve bien que je ne comprends rien au progrès.
Je trouve ce procédé génial. Partout dans le monde quelqu'un peut télécharger ce livre. L'édition ne connaît plus de frontière. Même plus besoin de se déplacer dans une librairie et d'attendre patiemment qu'un employé se libère : le livre se déplace tout seul, il apparaît dans votre foyer, via l'ordinateur.
(Je sais, je sais, il y avait déjà Amazon et ses livraisons parfois rapides, mais j'ai eu des tas de problèmes avec Amazon.)
Bref, je trouve ce procédé génial, très audacieux, très 2010, très multi-média, très fusion, très trans, très altermondialiste aussi, avec l'économie de papier, très anti-censure, très tout ce qu'il y a de souhaitable pour un monde meilleur.
Mais je n'ai pas téléchargé le bouquin.
Pourtant je veux lire Vers l'Ouest.
En cet assombrissement neuronal de fin de fin de thèse, la prose de Mahigan est une des seules que j'endure, qui soulage un peu « la migraine des mots ».
Mais voilà : je veux mon papier ! Je veux mes pages à tourner, et mes marges où écrire, je veux l'odeur du livre neuf d'abord, puis je veux l'usure, les taches de café, mes coins écornés. Je ne veux pas qu'un texte, je veux l'objet livre.
Je ne veux pas que mon ordinateur contienne l'oeuvre sous forme de ko ou de mb, et je ne veux surtout pas lire ce texte sur mon écran d'ordinateur (qui m'éblouit les yeux déjà bien assez, entre 8h et 14h par jour).
Oui je pourrais le faire photocopier. Mais alors, une fois lu, ce livre irait rejoindre les boîtes de photocopies de textes (en majorité, des articles théoriques), il irait se perdre dans l'amas de feuilles brochés. Il ne pourrait figurer dans une des bibliothèques, se faire facilement repérer par le titre sur sa tranche, se faire emprunter par des amis, circuler...
Dinosaure abrutie... le livre n'a pas besoin de passer de main en main pour circuler, il sur l'internet ! Il suffit de donner l'adresse URL aux amis et collègues. Le livre n'a pas à avoir de couverture reconnaissable, il a une page Web !
C'est un autre monde. Et ma nostalgie est réactionnaire.
J'ai continué d'écrire des lettres à la main des années après la popularisation des courriels. Je ne me souviens plus quand j'ai cessé d'acheter des enveloppes. Je ne me souviens plus comment j'ai cessé d'écrire des lettres manuscrites, je sais seulement que cela s'est fait.
Dans quelques années peut-être, je téléchargerai des livres, sans même y penser.
Mais en attendant, je ne peux m'empêcher d'espérer que cela ne soit qu'une mode passagère, que Mahigan deviendra un écrivain célèbre et qu'alors, nécessairement, Vers l'Ouest sera publié sur papier; ce qui prouve bien que je ne comprends rien au progrès.
Je suis convaincue qu'on est tellement plus nombreux que tu penses à penser comme toi... Un livre, c'est un trésor. Et mes enfants le savent déjà.
RépondreEffacer"Le progrès, c'est l'usure des méthodes" -E. Edström
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