samedi 19 septembre 2009

LIFE

Sur Facebook, un usager peut choisir lui-même les questions d'un test à soumettre à ses contacts. Après deux ans à snober ce genre d'application, j'ai finalement cédé à la curiosité et ai élaboré un questionnaire « How well do you know me ». L'une des questions était: Que ne mangerais-je pas pour un million de dollars ? Réponse: Une chenille vivante. Qu'est-ce que je découvre ce matin au fond de mon bol de céréales ? Une chenille. Vivante.

Question : Avait-elle emmené ses copines ou voyageait-elle seule ?

Question : Pourrais-je avoir mangé des chenilles avec mes céréales sans m'en rendre compte, concentrée que j'étais sur la rédaction de ce fameux projet de colloque à Paris?

Question : Où est mon million ?

***

Je n'ai rien contre les chenilles, qu'on se le dise. Je n'ai rien contre les insectes en général, je ne pense pas comme ma soeur qu'ils soient des animaux du diable. Mon tabou alimentaire ne vise pas la chenille elle-même, mais le fait qu'elle soit vivante. J'adore le steak, mais je ne voudrais pas d'un boeuf vivant dans ma bouche. Je suis dégoûtée à l'idée d'avaler des araignées, des mouches ou les menés d'un lac, simplement parce que ces bêtes sont assez petites pour glisser vivante dans mon oesophage. Derrière un dégoût intense se cache généralement une peur irrationnelle. J'ai peur du vivant de l'autre en moi, peur que mon corps ne soit pas assez fort pour lutter, peur que l'être vivant me détruise de l'intérieur, fasse sien ce corps stupide qui ne sait pas se défendre. Il y a de l'infantile dans toute phobie: dans les contes pour enfant, il suffit de manger quelque chose pour se transformer. J'ai peur d'être transformée en insecte. J'ai peur de n'être pas plus forte que la vie.

Question : Devinez la marque des céréales.

***

Je voudrais être capable d'avaler du sperme. Je voudrais très fort être capable de ce geste d'amour, tout prendre de l'homme que j'aime. Je voudrais pouvoir oublier le savoir que j'ai, le savoir de la présence dans le liquide inerte d'une multitude frémissante, des petites bêtes qui frétillent dans l'invisible. Cette peur m'exaspère car je ne la comprends pas. Je ne m'explique pas comment je pourrais craindre d'être modifiée de l'intérieur par ce qui vient de l'être aimé comment je pourrais redouter de me transformer à son image.

J'ai tout faux, peut-être.

Peut-être que pour le sperme, c'est le contraire, que ce n'est pas l'idée d'une vie étrangère persistant dans mon ventre qui me fait serrer les mâchoires, mais l'idée de la mort de ce vivant, l'idée qu'une part de l'homme puisse mourir à mon contact, noyée dans mon acide.

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