
Cette nuit, une nouvelle version du rêve de premier jour. Sur la carte de métro, les villes de Montréal et de Paris se supersposaient, la ligne orange me conduisant au-delà du périphérique. Des gens m'accompagnaient. Nous allions à la découverte du nouvel appartement qui me rapprocherait du lieu où je devais le jour même commencer un nouveau travail ...tout en conservant, bien entendu, mes autres engagements.
Du brouhaha de la foule enthousiaste, je retenais des bribes d'informations: le nouveau lieu de travail (ou d'études, dans mon cas cela revient au même) était située à six heures de route de la dernière station. Le nouvel appartement, propre et spatieux, n'était pas à une distance de marche de la station. Aucun autobus ne s'y rendait. J'arrêtais les gens qui entraient avec les boîtes pour leur dire que ça n'allait pas, qu'il fallait tout arrêter, que je n'avais pas de voiture, que je ne pouvais pas conduire. On me répondait que tout allait bien, que mon nouvel employeur avait tout prévu. Que j'allais pouvoir travailler aux deux endroits sans problème, et rentrer le soir dans cet appartement lumineux. Je me retrouvais dans un avion avec un parachute sur le dos, ayant un rendez-vous important à ne pas manquer. J'apercevais tout en bas un matelas bleu comme ceux que l'on emploie dans les cours de gym pour l'athlétisme. On me disait de ne pas le rater. Je demandais comment, comment faire, comment sauter, manoeuvre dans la descente. On me disait que j'étais censée le savoir, que tout avait été prévu pour que je sois parachutée quotidiennement d'un endroit à l'autre, qu'il était trop tard pour apprendre.
J'ignore comment je vais faire pour organiser cette journée de colloque à Paris tout en rédigeant ma thèse à Montréal. Quand bien même je serais sur les lieux, je ne sais ni trouver des subventions pour un colloque, ni me faire des relations professionnelles susceptibles d'y participer: je ne sais tout simplement pas vendre un projet. J'ignore également comment par la suite je pourrai préparer la soutenance de la thèse tout en étant à Paris pour le postdoc, tout en préparant l'autre colloque, celui de Montréal. Je ne sais pas tourner les coins ronds. Je ne sais pas faire des compromis. Et je ne sais pas comment refuser cet avenir lumineux qui m'est offert. J'ai peur qu'il soit trop tard pour apprendre.
Jamais trop tard pour apprendre, mais j'avoue qu'à moins d'être dotée d'ubiquité, il te sera difficile d'être des deux côtés de l'Atlantique en même temps. Moi si j'étais toi, je demanderais un peu d'aide du Grand Manitou pour manigencer quelque chose qui t'aiderait à y voir plus clair, surtout si c'est au nom d'un avenir lumineux.
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