- Je ne sais pas.
- Ça dépend de quoi ?
- Des mauvaises journées. De combien il y en aura.
- Comment ça peut être une mauvaise journée, quand tu la passes assise dans ton fauteuil à écrire sur des auteurs que tu aimes ?
***
Fin juillet 2009.
Consacré à une partie d'un chapitre de la thèse.
Une trentaine de pages qui démontrent que la réécriture du souvenir d'enfance chez les auteurs de mon corpus implique une part de « non éprouvé », le non éprouvé du trauma, proposition que j'appuie sur une phrase de Lacan contenant l'expression suivante: « le surgissement d'un inconnu non éprouvé ».
Jusqu'ici tout va bien.
Cette phrase, je l'ai notée au cours d'un séminaire donné lors de la parution de la version «officielle» du Séminaire X de Lacan (oui, un séminaire sur un séminaire). Mais voilà, au cours de ce séminaire, certains chercheurs s'appuyaient sur une autre version du séminaire, tirée d'une autre transcription du séminaire (différentes personnes ont assisté au séminaire de Lacan, différentes personnes ont pris des notes = différentes versions du séminaire).
L'expression «surgissement d'un inconnu non éprouvé» correspond parfaitement à ce que je veux dire dans la thèse, mais serait issue d'une version non officielle. La version officielle dit plutôt: le surgissement d'un inconnu comme éprouvé. « Comme » au lieu de « non ».
J'imagine un auditorium bourré de gens qui remuent sur leurs chaises. J'imagine un Français enrhumé qui tousse au moment précis où Lacan prononce cette phrase. J'en vois certains noter : « non», j'en vois d'autres noter « comme », je m'imagine noter « con ». Lacan est mort, allez savoir.
Détresse, désarroi, je communique avec deux spécialistes de la psychanalyse.
L'un me répond que les deux formulations reviennent au même:
l'inconnu comme éprouvé =l'inconnu éprouvé comme tel = l'inconnu éprouvé en tant qu'inconnu = l'inconnu non éprouvé.
L'autre me répond que l'inconnu non éprouvé renvoie au choc du trauma (Hilflosigkeit) alors que l'inconnu comme éprouvé renvoie au familier inquiétant (Unheimliche). Deux choses différentes.
Ça ressemble à ça, une mauvaise journée.
Jusqu'ici tout va bien.
Cette phrase, je l'ai notée au cours d'un séminaire donné lors de la parution de la version «officielle» du Séminaire X de Lacan (oui, un séminaire sur un séminaire). Mais voilà, au cours de ce séminaire, certains chercheurs s'appuyaient sur une autre version du séminaire, tirée d'une autre transcription du séminaire (différentes personnes ont assisté au séminaire de Lacan, différentes personnes ont pris des notes = différentes versions du séminaire).
L'expression «surgissement d'un inconnu non éprouvé» correspond parfaitement à ce que je veux dire dans la thèse, mais serait issue d'une version non officielle. La version officielle dit plutôt: le surgissement d'un inconnu comme éprouvé. « Comme » au lieu de « non ».
J'imagine un auditorium bourré de gens qui remuent sur leurs chaises. J'imagine un Français enrhumé qui tousse au moment précis où Lacan prononce cette phrase. J'en vois certains noter : « non», j'en vois d'autres noter « comme », je m'imagine noter « con ». Lacan est mort, allez savoir.
Détresse, désarroi, je communique avec deux spécialistes de la psychanalyse.
L'un me répond que les deux formulations reviennent au même:
l'inconnu comme éprouvé =l'inconnu éprouvé comme tel = l'inconnu éprouvé en tant qu'inconnu = l'inconnu non éprouvé.
L'autre me répond que l'inconnu non éprouvé renvoie au choc du trauma (Hilflosigkeit) alors que l'inconnu comme éprouvé renvoie au familier inquiétant (Unheimliche). Deux choses différentes.
Ça ressemble à ça, une mauvaise journée.
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