vendredi 30 janvier 2015

Noah: vegan et terroriste ?

Netflix, un film en diagonale, pour avoir un bruit de fond en faisant la vaisselle. J'ai été obligée de m'arrêter entre deux chaudrons tant la gravité des enjeux, l'audace du traitement...

C'est rare que je ressens le besoin de discuter sérieusement d'un film, surtout de ce genre de film américain à grand déploiement. Mais là je suis un peu restée sur le cul, assise sur le plancher de la cuisine avec le portable. Bref, j'aurais aimé discuter avec quelqu'un de...

1. La condamnation sans appel de l'alimentation carnivore. 

Toute personne consommant de la viande doit mourir. Toute personne ayant déjà tué un animal pour s'en nourrir ne mérite pas d'être sauvé, il ne peut entrer dans l'arche. 

Dans le nouveau monde qui sera créé par les survivants de l'arche de Noah, seules les lois naturelles de prédation (entre animaux) et les phénomènes naturels (catastrophes naturelles) pourront causer la mort des êtres vivants. L'homme comme prédateur ne fait pas partie de cette nature. L'habitude qu'ont prise les humains de consommer de la chair animale ne fait pas partie des lois de la nature. L'humain carnivore trahit la nature et défie dieu, il est hors nature et doit être éliminé de la création. 

2. La tentative de réconcilier l'évolutionnisme et le créationnisme.

Chaque «jour» de la Génèse correspond à une évolution accélérée depuis le big bang (des milliers d'années par «jour»), en passant par les premières créatures unicellulaires jusqu'aux singes. Et là, juste au bon moment, entre le singe et l'homme, il y a comme un «noir», ou plutôt un blanc lumineux, un petit hiatus juste avant l'apparition des premiers humains, qui fait qu'on peut croire que l'homme descend du singe OU qu'il est une toute autre espèce crée le «jour» suivant». La seconde de suspension (de l'image et de la narration), comme une hésitation, permet de faire coexister les deux possibilités.

3. L'indistinction des silhouettes des premiers humains. 

Il n'y a pas une des deux silhouettes qui soit clairement féminine (Ève), ce qui fait qu'on ne peut pas être sûr qu'il s'agit de la femme lorsqu'une des silhouettes se dirige vers l'arbre pour prendre le fruit. 

4. Le «crime» moral de la procréation. 

L'espèce humaine est le mal sur terre. La seule façon d'être sûr de sauver la création divine (la planète, la nature, les animaux), c'est d'éliminer la race humaine. Libérée des humains, la terre saura trouver une façon de se rééquilibrer, de se soigner et de redevenir un paradis terrestre. L'extermination des humains apparaît comme le but à atteindre, la quête, le dernier espoir. 

Dans un geste qu'on pourrait qualifier de terroriste, Noah refuse de secourir les humains massés près de l'arche, il assassine tous ceux qui tentent de s'y réfugier. Le massacre de la population apparaît comme une entreprise nécessaire, purificatrice.

À l'intérieur de l'arche ne sont acceptés (avec les animaux) que quelques membres de la famille de Noah, dont une femme trop vieille pour enfanter et une jeune femme stérile : c'est la condition de leur survie dans l'arche. Aucune femme capable de procréer ne peut être sauvée, car il faut que la race humaine s'éteigne. 

C'est sans doute ce qui m'a touchée dans ce film, touchée par surprise. Je ne m'attendais pas à un propos aussi près de mes réflexions. 

Rarement j'ai vu posé aussi crûment, aussi brutalement la question de la moralité liée à la décision de se reproduire. Choisir d'avoir un enfant, c'est faire en sorte que l'histoire des humains continue, ce qui, clairement dans ce film, équivaut à se faire le créateur du mal, du mal à venir sur terre.

Choisir d'avoir un enfant, c'est assumer individuellement la responsabilité du mal. 

Là réside selon moi la terrible violence de ce film (et non dans les scènes de batailles avec les gros bonhommes de pierres censés représenter des anges...).

***

J'oubliais : lorsque Noah échoue à égorger le dernier enfant féminin (porteur de vie donc du péché), il se met à boire. Celui qui assume la responsabilité du mal sur terre devient alcoolique. 

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