Et je ne vous dis pas que l'on ne peut pas vivre sans amour : on peut, et c'est même ce qu'il y a de plus dégueulasse. Les organes continuent à assurer la bonne marche physiologique et le simulacre peut se prolonger longtemps, jusqu'au moment où la fin du fonctionnement rend le cadavre légitime.
On peut aussi chercher refuge et oubli dans la sexualité et vivre d'arrêts d'autobus.
On peut aussi chercher refuge et oubli dans la sexualité et vivre d'arrêts d'autobus.
[...]
Il y a des mauvaises rencontres [...] On rencontre un type, on essaie de le rendre intéressant, on l'invente complètement, on l'habille de qualités des pieds à la tête, on ferme les yeux pour mieux le voir, il essaie de donner le change, vous aussi, [...] s'il vous trouve conne, il se sent intelligent, s'il remarque que vous avez les seins qui tombent, il vous trouve de la personnalité, si vous commencez à sentir que c'est un plouc, vous vous dites qu'il faut l'aider, s'il est inculte, vous en savez pour deux, s'il veut faire ça tout le temps, vous vous dites qu'il vous aime, s'il n'est pas très porté là-dessus, vous vous dites que ce n'est pas ça qui compte, s'il est radin, c'est parce qu'il a eu une enfance pauvre, s'il est mufle, vous vous dites qu'il est nature, et vous continuez ainsi à faire des pieds et des mains pour nier l'évidence, alors que ça crève les yeux
Clair de femme, p. 47 et p. 79
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