Kekun voulait savoir ce que j'ai pensé de la pièce sur la fille que j'avais connue pas-vraiment-à-peine-juste-pour-dire-dire-quoi.
J'ai pensé la même affaire que lorsque j'avais assisté à cette autre pièce de théâtre où un acteur incarnait quelqu'un que je connaissais dans la vie-en-vrai.
Mais pourquoi il fait l'acteur comme ça?
Pourquoi il parle si fort? Pourquoi il articule autant? Pourquoi il se tient si droit, si groundé, face à nous tout le temps, offert à nous tout le temps comme un vendeur de char?
Pourquoi il ne nous ignore pas un peu, pourquoi il ne rentre pas dans sa bulle comme mon ami fait tout le temps, pourquoi il fait tout pour attirer notre attention, planté constamment sur notre chemin comme le gars qui veut se débarrasser de ses journaux à l'entrée du métro?
Mon ami ne quête pas comme ça. Mon ami n'est pas en manque d'attention à ce point-là. Il n'a pas besoin qu'on le regarde tout le temps, il ne guidoune pas.
C'est quoi alors cette affaire-là? ...du théâtre, ça a de l'air.
Ça a de l'air que ça ne peut pas se faire autrement. Voilà ce que j'ai pensé pendant cette autre pièce, celle à propos de la fille que je n'ai pas eu le temps de connaître.
La comédienne parle trop fort, trop bien, chaque consonne bien distinguée, l'oeil qui balaie la foule, la respiration du ventre, la technique.
L'autre acteur, trèès habile, vient faire la scène pour l'Oscar, avec un débit que peu d'humains sauraient maîtriser, passant à côté d'un des aspects les plus touchants de ce poète qui ne sait pas respirer.
Et puis il y a l'autre qui était bien partie mais qui perd son personnage pour se mettre à chanter comme on le lui a appris dans son cours de voix. C'est joli.
Tandis que celle qui manque, celle entrevue, avait une voix qui ne se posait jamais. Cette fille avait une voix malcommode, dérangeante, qui se perdait dans les aigus, qui grattait le fond du nez. Quand elle lisait ses textes surtout, sa bouche était pleine d'alcool et de diphtongues. Et puis, elle avait toujours l'air d'être sur le point de tomber en bas de ses talons trop hauts pour rien, pour le plaisir.
Elle avait l'air d'être sur le bord de tomber mais elle ne tombait pas. Elle tanguait, tanguait constamment. Sa voix à bout de souffle valsait au bord du précipice. C'est ce mouvement, cette danse qui m'a manquée pendant toute la pièce.
Ça et le je m'en foutisse. Je m'en fous que vous me regardiez ou pas. Je m'en fous que vous m'écoutiez ou pas. Je le ferais pareil si la salle était vide. Je le fais pas pour le show.
On me dit, c'est du théâtre.
Il faut projeter, articuler, bien se grounder, capter l'attention du public. Ça prend du beau monde, des corps pétant de santé, en parfait contrôle, ça prend des jeunes qui sortent des écoles, ceux qui ont réussi à se faire une place.
Peut-être. Peut-être ben.
Reste que je me suis full ennuyée de Miro et de Robin Aubert dans
Révolutions, et surtout, surtout, de Suzanne Lemoine dans
Cabaret neiges noires.
Je me suis ennuyée de leur dignité, d'une dignité dans la vulnérabilité, la dignité de l'écorchée.
Ça se fake pas ça de l'air.
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