samedi 12 octobre 2013

La vie tranquille (reprise)


J’ai vécu de leurs attentes tellement, que c’est moi qui ai fini par essayer de crever de l’ongle la peau de cette outre à songes. 

J’attendais ce qui suivrait : le moment où ces songes surgiraient de la nuit, celui où ces gens s’empoigneraient vraiment, pour embrasser la bouche du plus vaillant d’entre eux. Mais leurs rêves les avaient portés dans une ombre si ancienne qu’ils ont titubé dans la lumière. Un matin le soleil s’est levé mais sur leurs cadavres, et il n’y a rien eu à voir. La maison s’est refermée. On ne verra plus leurs regards assemblés autour des mêmes feux. C’est tout.

Il n’y a que moi qui existe toujours pour le savoir encore.

Qu’en est-il de savoir ou d’ignorer quelque chose? Quelle est la leçon de ce savoir-là pour démêler ce qui m’arrive face à face avec ce vide qui se lève devant mes yeux en vagues de plus en plus immenses, d’une clarté de plus en plus dévorante?  
Marguerite Duras

exister toujours pour le savoir encore
exister encore pour le savoir seul
exister encore pour le savoir seule
exister seule

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