J’ai vécu de leurs attentes tellement, que c’est moi qui ai fini par essayer de crever de l’ongle la peau de cette outre à songes.
J’attendais ce qui suivrait : le moment où ces songes
surgiraient de la nuit, celui où ces gens s’empoigneraient vraiment, pour
embrasser la bouche du plus vaillant d’entre eux. Mais leurs rêves les avaient
portés dans une ombre si ancienne qu’ils ont titubé dans la lumière. Un matin
le soleil s’est levé mais sur leurs cadavres, et il n’y a rien eu à voir. La
maison s’est refermée. On ne verra plus leurs regards assemblés autour des
mêmes feux. C’est tout.
Il n’y a que moi qui existe toujours pour le savoir encore.
Qu’en est-il de
savoir ou d’ignorer quelque chose? Quelle est la leçon de ce savoir-là pour
démêler ce qui m’arrive face à face avec ce vide qui se lève devant mes yeux en
vagues de plus en plus immenses, d’une clarté de plus en plus dévorante?
Marguerite Duras
exister toujours pour le savoir encore
exister encore pour le savoir seul
exister encore pour le savoir seule
exister seule
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