Au cours de ces mois sans temps libres, j'ai pris quantité de notes à propos de choses qui me donnent envie d'avoir une Ôpinion, notamment des affiches dans les toilettes.
Affiche nº1
Le suicide n'est pas une option.
Ok. Je comprends que c'est une publicité, que cela se veut une intervention sociale, bien intentionnée, je sais que ça a un bon fond, je comprends le fond, mais la forme... la formulation... hiiiishhh!
Le suicide n'est pas une option.
Euh... si.
Enfin, j'espère.
J'espère que personne ne va essayer de m'enlever ce droit fondamental, cette liberté primordiale, la possession de ma vie.
J'espère qu'on ne va pas retourner en arrière comme société, dans l'idéologie chrétienne culpabilisant l'individu qui considère ...ses options.
Le suicide est une option, ou devrait l'être. Du moins, je crois.
Je sais en tout cas que l'option-suicide a été essentielle à... mon bon fonctionnement dans la société, qu'il y a bien des jours que je n'aurais pu supporter sans la prise de conscience de cette avenue, de cette possibilité.
Le suicide comme possibilité, non pas comme geste ou comme intention mais comme option justement, il me semble c'est quelque chose de très important qu'on ne devrait pas essayer d'enlever aux gens.
Cet endroit dans ma tête où je peux relâcher la pression, abaisser la tension en laissant exister quelques instants... l'idée.
Cette idée n'est pas incompatible avec un amour féroce de la vie. En tant que non croyante, je tiens à vivre le plus longtemps possible la seule vie dont je crois (ha!) disposer, je suis pour qu'on s'acharne à maintenir mon petit corps en vie, j'ai le désir de rider, d'amollir et d'abrutir.
Si tel est mon choix.
J'ai besoin de savoir que je choisis de vivre pour trouver le courage d'assumer les conséquences de mon existence.
Savoir que chaque jour ça pourrait arrêter, que je pourrais décider de ne plus continuer, savoir que c'est moi qui ai ce pouvoir énorme, que c'est moi qui décide de subir chaque jour les conséquences bonnes ou mauvaises de mon choix.
Il faut que la possibilité reste ouverte, sinon je finirais par me sentir condamnée, prisonnière ou victime. Mais non, je suis libre... libre et puissante.
Et c'est parfois un tel soulagement que d'imaginer cette absence désaffectée où je ne saurai pas que je manque au monde.
Quelques secondes, caresser l'idée d'une fuite égoïste.
Les abandonner, tous, alors qu'ils respirent encore, disparaître et les laisser seuls attendre la mort, dans leurs chambres, dans leurs centres, attendre leurs chèques, et je me moi dodo, mourir, dormir, sans mauvais rêve.
Me donner la permission.
Sans le faire, sans passer à l'acte, mais se donner ce droit, un pouvoir sur ce qui arrive. L'étrange impression de contrôle que cela peut procurer. Comme une petite porte qu'on garde ouverte et qui permet de respirer.
Peu de gens comprennent, je pense.
Je croyais en fait que personne ne comprenait, avant d'entendre parler cette femme dont le mari a assassiné les enfants. Elle disait qu'elle allait un peu mieux depuis qu'elle s'était donné la permission de se tuer. Ça m'a frappée qu'elle emploie les mêmes termes que moi.
Savoir qu'on n'est pas obligé d'endurer l'insupportable donne la force d'en endurer davantage. Savoir que la porte reste ouverte, qu'on est pas pris au piège, se dire «c'est moi qui décide», ce peut être la seule chose qui permette à un individu en détresse de ne pas se laisser submerger par l'appréhension des douleurs à venir.
Je me souviens avoir pensé, alors que la porte était encore fermée dans ma tête:
« Je suis terrifiée par ce qui, de cette perte, me reste à vivre. »
j'ai maintenant un endroit où je peux aller par la pensée
un refuge, une issue
pour les jours où le malheur
Le suicide n'est pas une option.
Euh... si.
Enfin, j'espère.
J'espère que personne ne va essayer de m'enlever ce droit fondamental, cette liberté primordiale, la possession de ma vie.
J'espère qu'on ne va pas retourner en arrière comme société, dans l'idéologie chrétienne culpabilisant l'individu qui considère ...ses options.
Le suicide est une option, ou devrait l'être. Du moins, je crois.
Je sais en tout cas que l'option-suicide a été essentielle à... mon bon fonctionnement dans la société, qu'il y a bien des jours que je n'aurais pu supporter sans la prise de conscience de cette avenue, de cette possibilité.
Le suicide comme possibilité, non pas comme geste ou comme intention mais comme option justement, il me semble c'est quelque chose de très important qu'on ne devrait pas essayer d'enlever aux gens.
Cet endroit dans ma tête où je peux relâcher la pression, abaisser la tension en laissant exister quelques instants... l'idée.
Cette idée n'est pas incompatible avec un amour féroce de la vie. En tant que non croyante, je tiens à vivre le plus longtemps possible la seule vie dont je crois (ha!) disposer, je suis pour qu'on s'acharne à maintenir mon petit corps en vie, j'ai le désir de rider, d'amollir et d'abrutir.
Si tel est mon choix.
J'ai besoin de savoir que je choisis de vivre pour trouver le courage d'assumer les conséquences de mon existence.
Savoir que chaque jour ça pourrait arrêter, que je pourrais décider de ne plus continuer, savoir que c'est moi qui ai ce pouvoir énorme, que c'est moi qui décide de subir chaque jour les conséquences bonnes ou mauvaises de mon choix.
Il faut que la possibilité reste ouverte, sinon je finirais par me sentir condamnée, prisonnière ou victime. Mais non, je suis libre... libre et puissante.
Et c'est parfois un tel soulagement que d'imaginer cette absence désaffectée où je ne saurai pas que je manque au monde.
Quelques secondes, caresser l'idée d'une fuite égoïste.
Les abandonner, tous, alors qu'ils respirent encore, disparaître et les laisser seuls attendre la mort, dans leurs chambres, dans leurs centres, attendre leurs chèques, et je me moi dodo, mourir, dormir, sans mauvais rêve.
Me donner la permission.
Sans le faire, sans passer à l'acte, mais se donner ce droit, un pouvoir sur ce qui arrive. L'étrange impression de contrôle que cela peut procurer. Comme une petite porte qu'on garde ouverte et qui permet de respirer.
Peu de gens comprennent, je pense.
Je croyais en fait que personne ne comprenait, avant d'entendre parler cette femme dont le mari a assassiné les enfants. Elle disait qu'elle allait un peu mieux depuis qu'elle s'était donné la permission de se tuer. Ça m'a frappée qu'elle emploie les mêmes termes que moi.
Savoir qu'on n'est pas obligé d'endurer l'insupportable donne la force d'en endurer davantage. Savoir que la porte reste ouverte, qu'on est pas pris au piège, se dire «c'est moi qui décide», ce peut être la seule chose qui permette à un individu en détresse de ne pas se laisser submerger par l'appréhension des douleurs à venir.
Je me souviens avoir pensé, alors que la porte était encore fermée dans ma tête:
« Je suis terrifiée par ce qui, de cette perte, me reste à vivre. »
j'ai maintenant un endroit où je peux aller par la pensée
un refuge, une issue
pour les jours où le malheur
boomerang
par compassion pour moi-même
je me donne une option
une idée salutaire
pour les jours où j'ai peur de moi
de mon courage
de mon optimisme inguérissable
qui me fait toujours recommencer
me retrousser les manches et la peau
couche par couche
l'espoir comme une maladie
de mon optimisme inguérissable
qui me fait toujours recommencer
me retrousser les manches et la peau
couche par couche
l'espoir comme une maladie
Alors elle resta dans son fauteuil,
hébétée, méconnaissable de tristesse. [...] Peut-être qu'elle était folle. La
vie était terrible est la mère était aussi terrible que la vie. [...] Et tout
d'un coup, la tête ballante, la bouche entrouverte, complètement en allée dans
le lait du sommeil, elle flotta, légère, dans la pleine innocence. On ne
pouvait plus lui en vouloir. Elle avait aimé démesurément la vie et c'était son
espérance infatigable, incurable, qui en avait fait ce qu'elle était devenue,
une désespérée de l'espoir même. Cet espoir l'avait usée, détruite, nudifiée à
ce point, que son sommeil qui l'en reposait, même la mort, semblait-il, ne
pouvait plus le dépasser.
Marguerite Duras, Un barrage contre le pacifique
Eh bien, je ne suis donc pas le seul à ne pas aimer cette affiche, ça a l'air. Sauf que, moi, j'accrochais plutôt sur l'image: une personne qui tombe avec une chaîne de personnes qui la rattrapent. C'est peut-être une belle image pour certains, mais à moi, elle me faisait toujours un drôle d'effet. Chaque fois que je la regardais, j'imaginais le résultat inverse: une personne tombe, et la chaîne de personnes qui essaient de la rattraper tombe avec elle, entraînée par la chute. À vouloir à tout prix "sauver" tout le monde, on cause parfois plus de souffrance encore que si on laissait simplement partir ceux qui ne peuvent plus la supporter. "Live and let die", comme disait l'autre.
RépondreEffacerTon texte me rappelle aussi que j'avais gribouillé, il y a plusieurs années, dans quelque cahier enfoui ou perdu, quelque chose du genre: "le droit à la vie, c'est aussi le droit d'en finir quand on n'en veut plus". J'étais aussi tout à fait convaincu d'être un détraqué en écrivant ça. Ta façon de le présenter rend ça moins freak: ça me rassure un peu, merci.
Ce qui est moins rassurant, par contre, c'est le fait de réaliser que, bien que le suicide soit pour moi toujours, effectivement, une option, je ne crois pas avoir réellement fait le choix de ne pas passer à l'acte. La vie reste encore un non-choix, celui de ne pas choisir d'en finir, du moins pas encore, et de rester simplement dans le même état: "vivant", en quelque sorte. Je serais donc en train de vivre "par habitude", plutôt que parce que j'en ai fait le choix conscient.
Troublante pensée...